Bonjour! Je m’appelle Annie, votre fidèle biologiste et coordonnatrice de Faune et flore du pays…

En cette Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, j’aimerais souligner l’influence profonde qu’ont eue les Premières Nations, les Inuits et les Métis sur le programme que je dirige.

J’ai toujours été attirée par les langues, les cultures et les savoirs autochtones. À l’adolescence, j’ai eu la chance de vivre quelque temps au sein d’une communauté anishinaabe. Un Aîné venait aussi régulièrement à mon école pour nous enseigner « le côté rouge des choses », comme il le disait. Depuis, je suis à l’écoute de ce que les peuples autochtones ont à nous apprendre sur la nature et la faune. J’ai eu le plaisir de travailler à leurs côtés dans le cadre de plusieurs projets, et j’ai énormément appris! Pour moi, il allait de soi d’intégrer ces perspectives à mon travail d’une façon ou d’une autre.

Adapter FFP aux langues autochtones

Tout a commencé il y a quelques années lorsque nous avons voulu offrir certaines de nos publications présentant un intérêt culturel ou scientifique dans des langues autochtones. Les gens pourraient ainsi en apprendre davantage sur quelques espèces dans leur propre langue. Dans le cadre de cette démarche, nous voulions également mettre en valeur des langues de différentes régions du Canada. À première vue, le projet pouvait sembler assez simple, jusqu’à ce qu’on apprenne qu’environ 70 langues autochtones sont parlées au Canada aujourd’hui.

Nous avions besoin d’aide pour déterminer la meilleure façon de procéder. En discutant avec des spécialistes autochtones, des sociologues et des géographes, nous avons pu faire certains choix. Bien que certaines langues comptent davantage de locuteurs, il nous a semblé plus pertinent de nous concentrer sur celles qui seraient comprises par le plus grand nombre de personnes, c’est-à-dire sur les langues présentant la plus grande intercompréhension. La nuance est légère, mais importante.

Par exemple, le cri – une langue algonquine – est la langue autochtone la plus parlée au Canada. Cette langue compte toutefois 11 dialectes; nous avons donc cherché à déterminer lequel serait le plus facile à comprendre. Notre choix s’est arrêté sur le cri des bois, ou Nīhithawīwin. Nous avons suivi la même démarche pour l’inuktitut : le dialecte le plus facile à comprendre pour la majorité des Inuits est celui parlé à Iqaluit puisque la plupart des médias proviennent de là.

Sur la côte ouest, les choses se sont compliquées davantage. Comme de nombreuses communautés étaient isolées les unes des autres, les Salish du littoral ont développé 14 langues qui ne sont pas souvent mutuellement intelligibles. Nous avons donc choisi celle qui compte le plus grand nombre de locuteurs : le halkomelem insulaire, ou Hulʼqumiʼnum.

C’est ainsi que nous avons retenu le Kanienʼkéha (langue mohawk), le Mi’kmawi’simk (langue mi’kmaq), l’ᐃᓄᒃᑎᑐᑦ (inuktitut), le Dënesųłinë́ (langue dénée), l’ᐊᓂᐦᔑᓂᓃᒧᐏᐣ / Anishininiimowin (oji-cri), l’Anishinaabemowin (ojibwé), le Hulʼqumiʼnum (langue salish du littoral, ou halkomelem insulaire) et le Nīhithawīwin (cri des bois) pour présenter les tortues d’eau douce, le grand corbeau, le loup et le carcajou.

Il a également été décidé de traduire et de doubler les vidéos de Faune et flore du pays plutôt que de les sous-titrer, car de nombreux locuteurs ne sont pas nécessairement en mesure de lire ces langues. Trouver des traducteurs et des locuteurs n’a pas été facile non plus, mais nous y sommes finalement parvenus!

Intégrer les cultures et les savoirs autochtones

Un autre volet de cette démarche consistait à intégrer des références aux cultures et aux savoirs autochtones dans les textes des vidéos de Faune et flore du pays ainsi que dans les fiches d’information. Puisque les Métis, les Premières Nations et les Inuits ont été les premiers gardiens de ces terres, ils possèdent des millénaires d’expérience dans l’observation de la faune, alors que les personnes issues de la colonisation (comme moi) ne disposent que de quelques siècles de connaissances. Il est essentiel d’être à l’écoute de leurs savoirs pour mieux comprendre certaines espèces sur lesquelles les scientifiques ne disposent pas toujours de suffisamment de données.

Par exemple, les biologistes ne savaient pas exactement où se rendaient les narvals pendant l’hiver… mais devinez quoi? Les Inuits, eux, le savaient! Pourquoi? Parce qu’ils dépendent de cette espèce pour leur survie depuis des temps immémoriaux. Lorsqu’ils ont transmis ce savoir aux scientifiques, l’énigme a pu être résolue!

Les cultures autochtones témoignent également des liens étroits qui unissent les peuples autochtones et la faune. Une espèce peut occuper une place importante dans les traditions, la spiritualité ou le mode de vie (comme source essentielle de matériaux pour la confection de vêtements, par exemple). À FFP, nous nous sommes efforcés, et continuerons de nous efforcer, d’intégrer certains de ces renseignements à nos fiches d’information et à notre matériel. Ce fut un plaisir de nous entretenir avec des membres de différentes communautés à ce sujet et d’en apprendre davantage sur l’importance que revêtent ces espèces pour eux.

La réconciliation peut prendre de nombreuses formes… À FFP, nous honorons les liens qui unissent les espèces sauvages du Canada et les peuples autochtones. Nous espérons que vous ferez de même!