Depuis de nombreuses décennies, la migration des papillons monarques captive à la fois les scientifiques et le grand public.

Les itinéraires empruntés par les papillons monarques, la durée de leur séjour sur leurs sites d’hivernage et leur capacité à survivre à l’hiver ont fait l’objet d’innombrables études scientifiques.

Grâce aux recherches des scientifiques, aux savoirs transmis par les communautés autochtones et aux observations des citoyens scientifiques accumulées au fil des ans, nous savons désormais que les monarques migrateurs originaires du Canada parcourent des milliers de kilomètres jusqu’à leurs sites d’hivernage dans les forêts de sapins oyamel du Mexique.

Cependant, de nombreuses questions subsistent quant aux itinéraires qu’ils empruntent et aux habitats dont ils dépendent en cours de route. Les progrès technologiques récents permettent aux chercheurs d’y apporter des réponses essentielles.

Des balises de suivi miniatures

Look closely at the monarch’s back in this photo. See the tiny solar panel? This panel provides energy for the antenna to ping off of nearby cellphones and send a location signal. ©Vincent Fyson | CWF
Observez attentivement le dos du papillon monarque sur cette photo. Vous voyez ce minuscule panneau solaire? Il alimente l’antenne afin qu’elle émette un signal de localisation vers les téléphones cellulaires à proximité. © Vincent Fyson | FCF

Parmi ces nouvelles technologies figurent les balises de suivi BluMorpho. Équipées de minuscules panneaux solaires et d’antennes exploitant la technologie Bluetooth pour communiquer avec les téléphones cellulaires à proximité, ces balises fournissent des données précieuses qui permettent aux chercheurs de mieux comprendre la migration des papillons monarques.

A scientist uses a butterfly net to catch a Monarch Butterfly while it feeds on goldenrod nectar at Providence Bay Beach on Manitoulin Island
Un chercheur capture un papillon monarque à l’aide d’un filet à papillons pendant que celui-ci butine le nectar des verges d’or à Providence Bay Beach, sur l’île Manitoulin. © Vincent Fyson | FCF

Cet été, des chercheurs de la Fédération canadienne de la faune (FCF) ont collaboré avec des chercheurs d’Environnement et Changement climatique Canada (ECC) et de l’Université d’Ottawa pour équiper des papillons monarques de l’île Manitoulin et du comté de Prince Edward de minuscules balises alimentées à l’énergie solaire. Ce projet s’inscrit actuellement dans le cadre d’une étude pilote. Dans les années à venir, la FCF développera ce programme afin de continuer à explorer les grandes questions liées au parcours migratoire des monarques et à y apporter des réponses. Les données recueillies appuieront les efforts de conservation sur l’ensemble de leur aire migratoire.

Suivi du parcours migratoire d’un papillon monarque

Île Manitoulin

Le voyage de 27 jours et de 1 801 km d’un papillon monarque mâle équipé d’une balise, sur l’île Manitoulin, le 26 août 2026. En moins d’un mois, ce papillon remarquable a traversé deux Grands Lacs et huit États américains, parcourant une distance impressionnante sur sa route migratoire vers le sud.

Un papillon monarque mâle faisait partie des 32 papillons équipés d’une balise à la fin du mois d’août, à Providence Bay Beach, sur l’île Manitoulin.

Sa trajectoire de vol
  • ➜ 29 août 2026 : En raison du temps frais et pluvieux, ce monarque est resté sur l’île pendant plusieurs jours avant de traverser la péninsule Bruce, où il a été détecté à neuf reprises entre le 29 août et le 2 septembre 2026.
  • ➜ 3 septembre 2026 : Il s’est d’abord dirigé vers le sud, avant d’effectuer, le lendemain, un nouveau vol spectaculaire au-dessus du lac Huron. Il semble qu’il ait passé la nuit au Port Crescent State Park, sur les rives du lac Huron, au Michigan.
  • ➜ Au cours des deux jours suivants, ce papillon a traversé l’État du Michigan. Il a été détecté sur la rive ouest du lac Michigan avant d’entrer dans l’Illinois le 7 septembre 2026.
  • ➜ Il a ensuite effectué un bref détour vers le nord, dans le Wisconsin, où il est resté jusqu’au 9 septembre 2026, avant de se tourner vers le sud-ouest et de se diriger vers l’Iowa.
  • ➜ Après avoir consacré trois jours à traverser l’Iowa, il a franchi le nord-ouest du Missouri en moins d’une journée.
  • ➜ Durant les six jours suivants, il a poursuivi son périple à travers le Kansas, avant d’atteindre l’Oklahoma, où il a été détecté pour la dernière fois le 22 septembre 2026.

Prince Edward County

migrating monarch map
Le voyage de 11 jours et de 1 569 km d’un papillon monarque femelle équipé d’une balise, dans le comté de Prince Edward, le 17 septembre 2026. En moins de deux semaines, ce voyageur infatigable a franchi une frontière internationale, survolé le lac Ontario et traversé sept États, illustrant l’endurance exceptionnelle des monarques lors de leur migration annuelle vers le sud.

Un papillon monarque femelle faisait partie des 30 autres papillons équipés d’une balise les 16 et 17 septembre 2026, le long de la rive sud du comté de Prince Edward. Ce papillon a passé environ une journée dans la région avant de poursuivre sa migration vers le sud.

Sa trajectoire de vol
  • ➜ Le 18 septembre 2026, ce monarque a réussi l’impressionnante traversée du lac Ontario grâce à de puissants vents du sud. Il a été détecté près de Rochester, dans l’État de New York.
  • ➜ Il a poursuivi sa migration vers le sud, passant la soirée en Pennsylvanie avant de se diriger vers l’ouest en direction de l’Ohio. Entre le 20 et le 22 septembre 2026, il n’a pas été détecté, ce qui a brièvement interrompu le suivi de son parcours migratoire.
  • ➜ Il a été détecté plus tard le long des berges de la rivière Ohio.
  • ➜ De là, il a poursuivi sa route vers le sud-ouest en traversant le Kentucky, où il a passé plusieurs nuits sur les berges des rivières Ohio et Cumberland.
  • ➜ Sa traversée du Tennessee n’a duré que deux jours. Le 27 septembre, il a rapidement traversé le nord-ouest du Mississippi avant de poursuivre son voyage en Arkansas. Il a été détecté pour la dernière fois le 28 septembre dans l’est de l’Arkansas.

Comprendre les lacunes des parcours migratoires

Staff researching monarchs
Après une semaine de collaboration remarquable, les chercheurs ont relâché sur l’île Manitoulin le dernier papillon monarque équipé d’une balise. De gauche à droite : Katherine Peel (FCF), Carolyn Callaghan (FCF), Ana Diaz (ECC), Greg Mitchell (ECC), Elizabeth Shapiro (ECC), Laura Bell (Université d’Ottawa), Vincent Fyson (FCF).

L’absence de détection pendant certaines périodes n’indique pas nécessairement qu’un papillon monarque a interrompu sa migration. Les chercheurs conservent l’espoir que ce monarque de l’île Manitoulin soit de nouveau détecté et qu’il poursuive son périple vers le Mexique. Bien qu’il soit possible que ce monarque ait été capturé par un prédateur et que sa balise se trouve désormais dans l’estomac d’un faucon émerillon ou d’un cardinal à tête noire, d’autres explications sont tout aussi plausibles : la balise a pu se détacher, le papillon traverse actuellement des zones rurales dépourvues de réseau téléphonique capable de capter le signal, ou encore les conditions météorologiques, trop nuageuses et pluvieuses, l’empêchent de poursuivre sa migration.

Nous sommes ravis de poursuivre ces efforts de collaboration afin d’approfondir nos connaissances sur les papillons monarques, leurs schémas de migration et les meilleures façons de soutenir leurs périples extraordinaires.