Partout dans le monde, les champignons suscitent enfin l’intérêt qu’ils méritent
De la part des mycologues chevronnés (ces spécialistes qui étudient les champignons) que des naturalistes curieux.
Les champignons, les moisissures visqueuses et tous leurs cousins excentriques fascinent depuis longtemps les passionnés de nature, mais, aujourd’hui, des centaines de nouveaux chercheurs spécialisés dans les champignons se joignent à cette aventure avec une mission commune : réaliser l’étude la plus exhaustive jamais entreprise sur la biodiversité des macromycètes en Amérique du Nord. Les macromycètes sont ceux auxquels on pense souvent lorsqu’on entend le mot « champignons ». Ils comprennent les champignons à chapeau, les vesses-de-loup ou les polypores.
Au cœur de cette initiative se trouve le laboratoire Mycota, un organisme sans but lucratif qui se consacre à l’avancement des connaissances sur les champignons à l’échelle du continent. Dans le cadre de leur initiative de séquençage de l’ADN à grande échelle, ils offrent des possibilités de séquençage gratuites tant aux mycologues professionnels qu’aux scientifiques amateurs, ce qui constitue une occasion sans précédent de mettre en lumière la diversité fongique qui nous entoure.
Créer un répertoire pancanadien

Plusieurs provinces canadiennes se sont déjà lancées dans le défi de cartographier leurs champignons. Dans le Canada atlantique, le projet régional MycoMap, lancé en 2024 et couvrant le Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve-et-Labrador, la Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard, a permis de recueillir plus de 7 652 spécimens séchés en vue de leur séquençage. L’Alberta s’est récemment jointe à l’initiative nationale en 2026, devenant ainsi la seule province non côtière à contribuer actuellement à ce répertoire des champignons à l’échelle du Canada.
C’est toutefois la Colombie-Britannique qui attire tous les regards. Le projet MycoMap BC se distingue non seulement par la biodiversité de la province, mais aussi par le niveau remarquable de participation communautaire qui le fait avancer. Le projet a été lancé à l’automne 2025 et, à la fin du mois de juillet 2026, plus de 20 000 spécimens séchés avaient été recueillis; les quelque 200 scientifiques citoyens dévoués qui y participent ne semblent pas prêts de ralentir le rythme. Parmi les quelque 10 000 séquences analysées, 10 % constituent de nouvelles observations pour la Colombie-Britannique sur iNaturalist (une plateforme de science participative où les gens peuvent consigner et partager leurs observations des espèces sauvages). Il s’agit notamment d’espèces déjà connues et de collections si récentes qu’elles ne sont désignées que par des noms de code provisoires. Ces résultats montrent à quel point la diversité fongique reste encore méconnue et l’incroyable potentiel que recèlent les échantillons restants.
Faire croître le réseau

Avant la mise en place du projet MycoMap BC, d’importantes lacunes dans les données entravaient la recherche sur les champignons dans la région du Nord-Ouest du Pacifique. Seules 680 collections fongiques séquencées provenant de la Colombie-Britannique étaient accessibles sur iNaturalist, un nombre bien inférieur à celui de l’État de Washington (9 355), l’Oregon (4 306) ou la Californie (19 829), bien que la Colombie-Britannique compte davantage d’observations fongiques sur iNaturalist (c’est-à-dire pas seulement les dossiers séquencés) que le Washington et l’Oregon réunis. L’accès limité au séquençage constituait un obstacle majeur à la compréhension de la répartition des espèces et de la diversité régionale. Grâce au laboratoire Mycota et au projet MycoMap BC, ces obstacles sont éliminés, permettant ainsi aux mycologues amateurs de contribuer d’une manière qui était auparavant impossible.
La collaboration entre le projet de la Colombie-Britannique et l’Université de Victoria renforce encore davantage son incidence. Les étudiants acquièrent une expérience pratique dans le domaine des sciences de la biodiversité : qu’il s’agisse de randonnées guidées à la découverte des champignons, de BioBlitz ou encore d’apprentissage sur le prélèvement des échantillons de tissus fongiques en vue de leur séquençage et de l’analyse des codes-barres génétiques. Et cette occasion n’est pas réservée à quelques personnes privilégiées : les bénévoles de la communauté sont eux aussi invités à se rendre au laboratoire, créant ainsi un espace unique et enrichissant où l’enthousiasme local alimente directement la découverte scientifique.
Mais ce qui est peut-être le plus passionnant avec MycoMap BC, c’est que l’histoire est loin d’être terminée. Chaque campagne de terrain, chaque randonnée à la recherche de champignons, chaque spécimen soigneusement séché et remis constitue une nouvelle pièce du casse-tête écologique de la Colombie-Britannique qui vient s’emboîter à sa place. Et comme les scientifiques citoyens pavent la voie, quiconque fait preuve d’un peu de curiosité et est prêt à s’accroupir près d’une bûche après la pluie peut contribuer à redéfinir nos connaissances sur la vie fongique dans la province.
Les champignons sont réputés pour leur capacité à nous surprendre. Ils enfreignent les règles, défient les attentes et surgissent là où nous nous y attendons le moins. À mesure que la base de données MycoMap BC s’enrichit, notre compréhension des réseaux cachés qui soutiennent nos forêts, nos espèces sauvages et nos écosystèmes s’approfondit également.
Alors, si vous vous êtes déjà demandé quels mystères pourraient se cacher sous la prochaine souche pourrie ou le long de votre sentier préféré, voici votre invitation : prenez une loupe, ouvrez l’appli iNaturalist et joignez-vous à la chasse au trésor. La prochaine grande découverte dans le domaine des champignons pourrait bien être la vôtre.
Pour en savoir plus sur les modalités de participation, consultez la page du réseau MycoMap.org, où vous pouvez cliquer sur une province participante.