Le gouvernement fédéral a annoncé sa décision de ne pas inscrire l’anguille d’Amérique comme espèce protégée en vertu de la Loi sur les espèces en péril (la Loi).
Cette décision survient malgré des décennies de déclin documenté des populations. Le texte qui suit explique pourquoi nous appuyions l’inscription de l’espèce, ce que cette décision signifie pour l’anguille et pour les personnes qui en dépendent, ainsi que ce qui, selon nous, doit se produire maintenant.
Raisons qui justifient l’inscription de l’anguille d’Amérique comme espèce en péril par le gouvernement fédéral
L’anguille d’Amérique subit depuis longtemps des déclins graves de ses populations, et les outils actuellement utilisés pour protéger l’espèce n’ont pas été efficaces. Des populations autrefois abondantes dans l’est du Canada ont chuté jusqu’à 99 % dans certaines régions. Une inscription en vertu de la Loi sur les espèces en péril (la loi qui protège les espèces en péril) aurait assuré la mise en place de mesures de conservation, puisque cette loi exige l’élaboration d’une stratégie de rétablissement coordonnée et juridiquement contraignante afin de s’attaquer enfin aux principales menaces à l’origine de cet effondrement — en particulier les obstacles à la migration et la mortalité causée par les turbines dans les installations hydroélectriques.
La FCF a également été claire : toute inscription devait explicitement respecter les droits de récolte des peuples autochtones et la collaboration avec les Nations visées par des traités et dont les relations culturelles et alimentaires avec l’anguille ont été directement touchées par son déclin. Après plus d’une décennie d’inaction et de retards répétés, une inscription en vertu de la Loi aurait garanti la responsabilisation, la planification et l’exécution nécessaires pour donner à l’anguille d’Amérique une véritable chance de rétablissement.
Que se passera-t-il pour l’espèce sans protection juridique fédérale en vertu de la Loi?
Sans la protection en vertu de la Loi et les mesures nationales coordonnées qui en découlent, les menaces ayant provoqué le déclin de l’anguille d’Amérique risquent de persister.
Les installations hydroélectriques continueront vraisemblablement de causer la mortalité des adultes migrant en aval et d’empêcher les jeunes anguilles de remonter les cours d’eau, puisqu’il n’y a rien qui oblige l’industrie à offrir des dispositifs de passage efficaces ni à atténuer la mortalité liée aux turbines.
Bien que le communiqué de Pêches et Océans Canada (MPO) affirme que la Loi sur les pêches continuera de protéger l’anguille d’Amérique, la réalité est que ces outils ont rarement été utilisés pour protéger cette espèce.
Des données de récents examens indiquent que de nombreuses installations nuisibles aux anguilles ont fonctionné pendant des années sans autorisation, qu’aucun arrêté ministériel n’a jamais été émis pour assurer le passage des anguilles et que la surveillance a été faible, irrégulière ou scientifiquement insuffisante pour que la situation puisse s’améliorer. Sans inscription en vertu de la Loi et sans l’utilisation judicieuse de la Loi sur les pêches, le statu quo demeure : les déclins se poursuivent, les répercussions sur les droits de récolte des peuples autochtones restent non résolues et les progrès vers un rétablissement réel et durable sont minimes.
Il faut que le gouvernement fédéral agisse en vertu de la Loi
Puisque le gouvernement a choisi de ne pas inscrire l’anguille d’Amérique en vertu de la Loi, il doit démontrer clairement comment il utilisera la Loi sur les pêches et les autres pouvoirs fédéraux pour réduire les dommages et protéger l’espèce. Le communiqué du MPO fait état de nouvelles mesures, mais aucun plan de travail n’a été publié. Et nous savons que s’en remettre uniquement à la Loi sur les pêches n’a pas suffi jusqu’à présent à améliorer la situation des anguilles.
Étape 1 : Établir un plan de travail réaliste
La Fédération canadienne de la faune demande qu’un plan de travail concret assorti d’échéances soit établi. Ce plan doit expliquer comment le MPO appliquera la Loi sur les pêches dans les installations connues pour tuer des anguilles ou bloquer leur passage. Il doit exiger des autorisations là où elles sont requises, imposer des dispositifs de passage en amont et en aval qui sont surveillés sur le plan scientifique et fixer des objectifs de rendement mesurables pour réduire la mortalité liée aux turbines.
Étape 2 : Assurer une surveillance accrue des activités de récolte
Nous voulons également voir un encadrement plus rigoureux de la récolte des anguillettes et du commerce INN (pêche illicite, non déclarée et non réglementée), ainsi qu’un engagement renouvelé à travailler avec les Nations autochtones en matière d’intendance et de récolte à des fins alimentaires, sociales et cérémonielles (ASC).
Si la Loi n’est pas utilisée, le MPO doit alors préciser de quelle façon ses mesures de rechange offriront les protections urgentes dont l’espèce a besoin. La Fédération canadienne de la faune est ouverte à collaborer afin de soutenir cette mise en œuvre.
Pourquoi la conservation de l’anguille d’Amérique est-elle si importante?
La Fédération canadienne de la faune s’engage à aider l’anguille d’Amérique, car cette espèce est écologiquement irremplaçable, culturellement fondamentale et profondément liée à l’histoire et à l’identité de nombreuses Nations autochtones.
Autrefois, des millions d’anguilles parcouraient des milliers de kilomètres de la mer des Sargasses dans l’océan Atlantique jusqu’aux rivières de l’est du Canada. Cette migration remplissait des fonctions écologiques essentielles et a soutenu des communautés pendant des générations. Son effondrement représente non seulement la perte d’une espèce, mais aussi la perte de la sécurité alimentaire, des pratiques culturelles et des droits issus de traités des peuples autochtones, ainsi que celle de la santé de systèmes fluviaux entiers.
Pour rétablir l’anguille d’Amérique, il faut restaurer les voies de migration, honorer les relations de longue date entre les peuples autochtones et l’espèce, protéger la biodiversité et démontrer que le Canada peut gérer ses écosystèmes aquatiques de façon responsable. La défense de l’anguille d’Amérique, c’est la défense de l’intégrité de nos eaux et d’un avenir où les décisions en matière de conservation sont guidées par la science, le partenariat et la responsabilisation.
En savoir plus et passer à l’action
Le public peut jouer un rôle déterminant dans le rétablissement de l’anguille d’Amérique. Voici quelques façons de s’informer et de passer à l’action :
- Renseignez-vous sur le problème : Visitez le site Web website de la Fédération canadienne de la faune ainsi que ceux de nos partenaires autochtones et de conservation afin de mieux comprendre les menaces qui pèsent sur l’anguille d’Amérique et les solutions possibles.
- Demandez des mesures de protection accrues : Communiquez avec votre député fédéral et vos députés provinciaux — en particulier dans les régions dotées d’installations hydroélectriques. Ces démarches contribuent à maintenir le problème à l’avant-plan et à renforcer la nécessité d’un leadership fédéral et d’actions transparentes.
Votre voix peut faire une réelle différence pour cette espèce clé.