Les pavots sont bien plus que de jolies plantes ornementales. Si les plus connus arborent un rouge éclatant et appartiennent au groupe des véritables pavots, la famille des papavéracées compte des centaines de plantes à fleurs vivaces.

Une explosion de couleurs

Les pavots peuvent être rouges, roses, orange, jaunes ou blancs. Certaines variétés rares arborent même des teintes violettes, bleues ou noires. Certains pavots sont indigènes à des régions précises, tandis que d’autres sont des variétés créées par l’être humain appelées cultivars. Les pavots peuvent être cultivés à des fins alimentaires (pensons aux graines de pavot sur les bagels, par exemple) ou transformés pour en extraire des substances toxiques servant à fabriquer des médicaments et des drogues, notamment des opiacés.

Ces fleurs peuvent également revêtir une valeur symbolique, comme en témoigne la tradition observée en novembre au Canada, au Royaume-Uni, en Australie, en Afrique du Sud et en Nouvelle-Zélande, où l’on porte un coquelicot artificiel pour commémorer les personnes mortes à la guerre. Ce coquelicot du Souvenir s’inspire du grand coquelicot (Papaver rhoeas), une plante à fleurs rouges commune en Europe. En Europe et en Asie, les pavots peuvent symboliser le sommeil, la paix ou la mort de façon générale.

Espèces des forêts et de la toundra

Credit: © Игорь Поспелов | iNaturalist

Mais qu’en est-il de l’Amérique du Nord? Notre continent abrite plusieurs espèces de pavots indigènes. Et pour vivre au Canada, une plante doit savoir s’accommoder au froid! Parmi les espèces indigènes du Canada figure le stylophore à deux feuilles (Stylophorum diphyllum) que l’on trouve dans les forêts du sud-est du pays. Il y a également le pavot nudicaule (Papaver nudicaule), une espèce boréale. Son aire de répartition naturelle se situe dans les régions subpolaires de l’Amérique du Nord arctique (principalement en Alaska et au Yukon) et du nord de l’Asie. Il n’est pas indigène aux autres régions où il a été introduit.
En remontant encore plus au nord, on découvre le pavot arctique (Oreomecon polaris) aux fleurs jaunes ou blanches. Cette espèce pousse principalement dans les régions subalpines ou subarctiques de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique du Nord.

S’adapter à l’adversité

Comme de nombreuses plantes indigènes de l’Arctique, le pavot arctique est un véritable champion de la survie. C’est une plante vivace, ce qui signifie qu’elle survit d’une année à l’autre. Ce pavot pousse dans des secteurs de la toundra arctique presque dépourvus de végétation, aussi bien dans les sols rocheux que dans les sols argileux. On le trouve également à des altitudes d’environ 1 000 mètres. Il résiste au froid extrême du nord du Nunavut, aux vents glacials, à la courte saison de croissance et à la sécheresse qui caractérisent ces latitudes. La toundra est en fait un désert froid où les précipitations sont faibles. Mais comment une plante parvient-elle à surmonter toutes ces difficultés? D’abord, elle pousse peu et reste près du sol, à proximité des roches réchauffées par le soleil, où les températures sont légèrement plus élevées et où elle est mieux protégée du vent. En effet, le pavot arctique ne dépasse pas 10 cm de hauteur et possède de petites feuilles d’environ 4 cm de longueur qui limitent les pertes d’eau. Ses racines profondes lui permettent de puiser de l’eau et des nutriments là où d’autres plantes n’y parviennent pas. Le pavot arctique est également couvert de poils noirs qui contribuent à son isolation thermique en emprisonnant une couche d’air plus chaud autour de la plante. Comme une antenne parabolique, cette fleur suit le soleil dans sa course à travers le ciel. Sa forme parabolique permet également de concentrer la chaleur en son centre. Ainsi, même lorsque les températures extérieures sont glaciales, la température à l’intérieur de la fleur peut atteindre 10 °C, ce qui accélère la formation des graines. Comme les autres pavots, le pavot arctique possède des propriétés toxiques qui réduisent le risque qu’il soit consommé par certains mammifères. Cette petite plante contribue également à la santé de son habitat en stabilisant le sol, en participant au cycle des nutriments et en fournissant de la nourriture aux animaux qui ne sont pas sensibles à ses toxines.
Les pollinisateurs de l’Arctique, comme les bourdons, se nourrissent de son pollen et contribuent au maintien des populations de pavots arctiques en favorisant leur reproduction. D’ailleurs, les Inuits désignent le pavot arctique par l’expression igutsat niqingit. Le mot igutsat signifie « bourdons », en référence au fait que ces insectes apprécient particulièrement les fleurs jaunes de cette plante. L’expression igutsat niqingit signifie donc « nourriture des bourdons ».

Un espoir vivace

Si les pavots d’Eurasie symbolisent souvent la guerre et la mort, l’histoire du pavot arctique témoigne de sa résilience et de sa capacité à survivre à l’adversité. Sa place dans les armoiries du Nunavut est bien méritée. Mais cette résilience suffira-t-elle à assurer sa survie à long terme? Les biologistes considèrent désormais le pavot arctique comme un « canari dans une mine de charbon », c’est-à-dire un indicateur de la santé de son habitat. À mesure que l’Arctique se réchauffe, les arbustes ligneux gagnent du terrain, entraînant un déclin de la diversité végétale, notamment des espèces adaptées spécifiquement aux conditions arctiques. Les scientifiques et les spécialistes de la conservation travaillent d’arrache-pied pour préserver les habitats arctiques, étudier les espèces et mieux faire connaître les écosystèmes fragiles de l’Arctique afin d’atténuer les menaces liées aux changements climatiques. Le pavot arctique surmontera-t-il cet obstacle? Seul l’avenir nous le dira.