Il est facile de craindre ce que l’on ne connaît pas.

Prenons les araignées, par exemple. Avant de céder à la tentation d’écraser cette bestiole à huit pattes qui se promène tranquillement sur le plancher, envisagez de lui accorder un peu de mérite.

À l’instar des chauves-souris, autre espèce emblématique qui se retrouve sous les projecteurs chaque Halloween, les araignées ont un sérieux problème d’image.

Elles se cachent dans les coins sombres. Elles surgissent sans crier gare. Elles ont huit pattes et peuvent avoir jusqu’à huit yeux. Et chaque mois d’octobre, elles se transforment en décorations de plastique. Pourtant, les véritables araignées qui vivent autour de nous sont beaucoup plus fascinantes – et bien plus utiles – que ne le laisse croire leur réputation à l’Halloween.

Nous savons que le Canada abrite quelque 1 439 espèces d’araignées, mais il en existe sûrement d’autres qui n’ont pas encore été découvertes. Certaines sont de minuscules chasseuses presque invisibles, tandis que d’autres, comme les impressionnantes dolomèdes, peuvent poursuivre leurs proies à la surface de l’eau et même plonger sous l’eau. Certaines tissent des toiles. D’autres traquent leurs proies, les guettent patiemment ou chassent au sol.

Et que font toutes ces araignées? Elles passent la vaste majorité de leur temps à manger.

Les araignées sont des prédatrices, et leur menu se compose en grande partie d’insectes comme les mouches et les moustiques, ainsi que les pucerons qui peuvent causer des dommages aux cultures, aux arbres et aux jardins.

Cette araignée qui vit dans votre voisinage pourrait donc vous être utile. Voyez-la comme un minuscule service de lutte antiparasitaire à huit pattes – et à un tarif beaucoup plus abordable!

Tout ne tourne pas rond dans le monde des araignées

Les araignées sont peut-être nombreuses, ce qui ne signifie pas que toutes les espèces se portent bien.

Selon l’évaluation Espèces sauvages 2020 du Canada, 47 espèces d’araignées pourraient être en péril. Dix-sept étaient considérées comme gravement en péril, 30 comme en péril et 39 comme vulnérables. Par ailleurs, le statut de 481 espèces n’a pas pu être déterminé faute de données suffisantes pour les classer.

Les menaces sont bien connues : perte d’habitats, pesticides et changements climatiques.

Prenons l’exemple de la gnaphose de Snohomish, une petite espèce des milieux humides que l’on trouve dans le sud de la Colombie-Britannique. Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) l’a désignée comme espèce préoccupante, et sa présence n’est connue que dans quatre endroits au Canada. Trois de ces sites se trouvent à moins de trois mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui les rend vulnérables à l’élévation du niveau d’eau et aux tempêtes de plus en plus violentes. Les changements touchant son habitat et la pollution sont également inquiétants.

Il est beaucoup plus difficile pour les araignées de perdre un habitat adéquat que de perdre une toile dans un coin de votre cour.

Laissez le râteau dans la remise!

Voici un moyen étonnamment simple de donner un coup de pouce aux araignées : laissez quelques feuilles au sol.

Les feuilles mortes ne sont pas simplement des déchets à mettre en sac et à déposer en bordure de rue. La litière de feuilles peut servir d’abri et de site d’hivernage aux araignées et à d’autres invertébrés. Des recherches récentes ont permis d’observer des centaines d’araignées hivernant dans la litière de feuilles associée à la végétation ligneuse. La quantité de feuilles au sol avait d’ailleurs une incidence sur l’abondance des araignées et la composition de leurs communautés.

Vous n’avez pas pour autant à transformer votre cour en terrain sauvage. Laissez plutôt quelques feuilles sous les arbres et les arbustes. Gardez certaines graminées indigènes et tiges de fleurs en place pendant l’hiver. En plus de fournir des abris, leurs tiges porte-graines offriront de la nourriture aux oiseaux qui passent l’hiver parmi nous. Vous pouvez aussi conserver un petit coin un peu plus sauvage où les feuilles, les brindilles et la végétation serviront de refuge.

Autrement dit, ne vous sentez pas obligé de tout nettoyer. Sous ces débris naturels, les araignées peuvent passer l’hiver à l’état d’œufs ou survivre en ralentissant leurs fonctions corporelles, en maintenant leurs liquides corporels en surfusion ou en produisant un antigel naturel qui empêche la formation de cristaux de glace.

Et l’araignée dans la maison?

Parmi les araignées que l’on trouve le plus couramment dans les maisons canadiennes figurent la théridie des bains, la miturge de Mildeff, les araignées-loups, les pholques et les gnaphoses de Snohomish. À l’exception d’un seul groupe présent au Canada, celui des veuves, toutes sont inoffensives pour les humains. En général, les araignées cherchent plutôt à nous éviter qu’à s’approcher de nous, mais bon nombre d’entre elles peuvent mordre si elles se sentent menacées. Très rarement, certaines araignées venimeuses, comme la recluse brune, arrivent au Canada en passagères clandestines dans des cargaisons, notamment des livraisons de fruits.

Si vous préférez vraiment ne pas avoir ces araignées sous les yeux, inutile de vous lancer dans un affrontement digne de l’Halloween. Un pot et un morceau de papier rigide suffisent pour capturer ces petites créatures et les relâcher dans un endroit où elles seront moins visibles. En laissant quelques araignées dans le sous-sol ou le vide sanitaire, vous pouvez d’ailleurs capturer des insectes comme les perce-oreilles. Et n’oubliez pas : une araignée n’a pas besoin de toile pour être utile. Certaines chassent activement leurs proies. Ne présumez donc pas qu’un jardin sans toile est un jardin sans araignées.

Voici six façons de vous faire l’allié des araignées cet automne :

  1. Laissez quelques feuilles au sol, surtout sous les arbres et les arbustes ainsi que dans les plates-bandes.
  2. Ne nettoyez pas votre jardin de fond en comble : laissez quelques tiges, graminées et débris naturels en place pour servir d’abris pendant l’hiver.
  3. Réfléchissez-y à deux fois avant de sortir la chaussure pour écraser une de ces petites bestioles. La plupart des araignées du Canada sont inoffensives et utiles.
  4. Conservez un petit coin sauvage : même une petite parcelle laissée intacte peut leur servir d’habitat.
  5. Évitez les pesticides. Les araignées sont des prédatrices. En réduisant l’utilisation inutile de pesticides, vous contribuez à préserver l’ensemble des insectes et autres petites créatures dont elles dépendent.
  6. Publiez vos photos d’araignées sur iNaturalist.ca. Cet outil gratuit vous aidera à les identifier. Notre base de données compte actuellement plus de 457 000 observations représentant plus de 1 000 espèces.

Un nouveau départ

Cet Halloween, célébrez les araignées au naturel. Évitez d’installer de fausses toiles à l’extérieur et affichez plutôt quelques images d’araignées dans vos fenêtres. Et lorsque vous en apercevez une vraie? Pourquoi ne pas la laisser tranquille?
Après tout, l’araignée ne cherche pas à vous faire peur. Elle essaie simplement de vivre sa vie. Et dans un pays qui en compte 1 439 espèces, ça fait beaucoup de petites vies auxquelles il vaut la peine de faire une place.