De nombreux oiseaux s’envolent vers le sud pour éviter les longs et rudes hivers canadiens. Les tortues n’ont pas cette option.

Elles ne peuvent pas non plus rester actives en hiver, car ce sont des ectothermes (animaux à sang froid) et leur température corporelle est donc déterminée par l’environnement. Elles mourraient de froid dès que la température de l’air descendrait en dessous de zéro degré.

Les tortues évitent donc les températures négatives en restant au fond des zones humides, des lacs et des rivières. La glace recouvre le dessus de ces plans d’eau, mais au fond, l’eau reste liquide, quoique très froide.

Dans de nombreuses régions du Canada où vivent des tortues, la glace peut recouvrir les plans d’eau pendant trois ou quatre mois de l’année, voire plus. Les tortues restent au fond et ne peuvent pas respirer.

Respirer sous la glace

Chélydre serpentine sous la glace au mois de janvier dans le sud de l’Ontario. (Photo : iNaturalist Canada, photo de Lucas Foerster, sous licence CC-BY-NC)

Comment les tortues peuvent-elles survivre si longtemps sans respirer? La seule raison pour laquelle elles y parviennent, c’est parce que la température de l’eau et de leur corps est si froide. Une étude sur les tortues mouchetées menée dans le parc provincial Algonquin, en Ontario, a révélé que leur température corporelle restait autour de 1 °C tout l’hiver. Grâce à cette température corporelle très basse, les tortues diminuent la quantité d’oxygène dont elles ont besoin.

On pourrait s’attendre à ce que les tortues posées au fond de l’étang, dont la température corporelle est tombée à 1 °C, soient complètement inertes et insensibles, pourtant elles semblent conscientes de ce qui se passe autour d’elles et peuvent même bouger. Une étude portant sur les tortues des bois en hiver a révélé qu’elles se déplaçaient jusqu’à 10 mètres de profondeur! Regardez la vidéo ci-dessous, prise par un drone sous-marin en hiver. Vers 1:10, la tortue géographique réagit à la présence du drone et se déplace.

Vidéo : Greg Bulte

Une température corporelle très basse permet de réduire la quantité d’oxygène nécessaire pour survivre, mais les tortues en ont toutefois besoin. Et il s’avère que les tortues sont dotées d’un super pouvoir pour survivre à l’hiver sans respirer : elles sont capables d’absorber l’oxygène présent dans l’eau à travers certaines parties de leur corps équipées de nombreux vaisseaux sanguins superficiels, comme leur bouche et même leur derrière! Cool, n’est-ce pas?

Au cours de l’hiver, cependant, l’oxygène s’épuise, de sorte que, dans de nombreuses zones humides, l’eau contient très peu d’oxygène dissous. Certaines tortues, comme les tortues peintes, les chélydres serpentines et les tortues mouchetées, peuvent survivre avec de faibles taux d’oxygène dans l’eau, mais d’autres, comme les tortues géographiques et les tortues des bois, nécessitent des taux d’oxygène plus élevés. Cela signifie que les tortues tolérantes à un faible taux d’oxygène peuvent passer l’hiver dans un large éventail de zones humides, mais que les tortues géographiques et les tortues des bois doivent sélectionner des sites comme des rivières avec de l’eau courante, qui contiennent davantage d’oxygène.

Plus il fait froid, mieux c’est

Les tortues peuvent non seulement survivre à des températures extrêmement froides, mais elles recherchent les zones les plus froides. L’étude sur les tortues mouchetées du parc Algonquin a été menée dans certains des lieux les plus froids, mais au-dessus du point de congélation de ces zones humides. Pourquoi les tortues choisissent-elles d’avoir plus froid? Car plus elles ont froid, plus leur métabolisme se ralentit et moins elles ont besoin d’oxygène. Une augmentation d’à peine 1 ou 2 °C réveillerait leur métabolisme et pourrait faire la différence entre leur survie au long hiver ou la mort.

Bien entendu, choisir l’endroit le plus froid de la zone humide peut aussi comporter des risques. Dans l’étude du parc Algonquin, certaines tortues mouchetées n’étaient séparées de la glace de surface que par 10 cm d’eau. Si la glace s’épaissit, les tortues peuvent se retrouver piégées et le haut de leur carapace peut geler et générer une zone de tissus morts. Si l’eau gèle encore plus profondément, elles peuvent mourir.

J’ai trouvé une fois six chélydres serpentines adultes mortes dans un étang permanent au début du printemps à Ottawa. Qu’est-ce qui avait causé la mort de tant de tortues? J’ai vérifié les relevés météorologiques de cet hiver et j’ai découvert que tous les mois, de novembre à avril, avaient été plus froids que la moyenne, de sorte qu’il est possible que l’étang ait gelé jusqu’au fond, là où ces tortues hibernaient.

L’hiver n’est pas seulement synonyme de long sommeil pour les tortues, c’est une période dangereuse. Si une tortue choisit un mauvais endroit pour passer l’hiver, ou si l’hiver est plus long ou plus froid que la normale, elle risque de mourir.

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