La récolte des tourbières du Canada suscite une inquiétude croissante parmi les protecteurs de l’environnement. Ces écosystèmes uniques sont très différents des autres zones humides. La couche supérieure de cet habitat est composée de mousses et de plantes vivantes. Sous cette couche de matière végétale de 30 à 50 centimètres se trouvent jusqu’à 10 mètres de sphaignes et de plantes mortes en décomposition. Il s’agit de la substance hydrophile connue sous le nom de tourbe. Bien que certains jardiniers l’utilisent comme mélange pour aérer le sol et maintenir l’hydratation de leurs plantes, voici les trois principales raisons pour lesquelles il est préférable de chercher des alternatives à son utilisation, surtout dans la forêt boréale et les régions subarctiques du Canada.

1. Les tourbières sont le foyer de nombreuses espèces

Spotted Turtle ©David Seburn

Le Canada détient de plus d’un tiers des tourbières du monde. Ces tourbières et marais couvrent environ 14 pour cent du pays, offrant un habitat essentiel pour les oiseaux, les poissons, les mammifères, les plantes, les reptiles et les amphibiens. Cela inclut des espèces à risque, comme le caribou des bois et les tortues ponctuées. Il est fascinant de découvrir que plusieurs orchidées sauvages indigènes se spécialisent pour prospérer exclusivement dans les tourbières boréales.

2. Les tourbières peuvent offrir une solution naturelle aux changements climatiques

Les tourbières séquestrent le carbone. Ces écosystèmes naturels contribuent à maintenir la planète fraîche en piégeant le CO2 profondément sous terre pendant des milliers d’années. Les tourbières peuvent également maintenir la fraîcheur autour d’elles grâce à l’échange de vapeur d’eau et en offrant une couverture végétale. Leur préservation peut contribuer à limiter les effets du réchauffement climatique.

3. Les tourbières aident à la rétention et à la filtration de l’eau

©Martin Prentice | CWF Photo Club

Souvent comparées à des éponges détrempées, les tourbières peuvent aider à prévenir les inondations. Elles sont également utiles en période de sécheresse. De plus, elles aident à filtrer et à nettoyer l’eau. Les estimations indiquent que les tourbières peuvent éliminer jusqu’à 90 % des contaminants de la colonne d’eau en les piégeant essentiellement dans leurs pores.

Ce ne sont que quelques-unes des raisons de conserver les tourbières et de laisser cette sphaigne intacte dans son environnement naturel. Perturber ces habitats peut libérer du carbone et des polluants dans l’environnement et empêcher une séquestration supplémentaire du carbone. Cependant, de nombreux jardiniers ne savent pas quoi utiliser comme substitut lorsqu’ils commencent à semer ou à rempoter des plantes.

Voici quelques idées qui méritent d’être examinées afin de décider ce qui vous convient :

La fibre de coco est le matériau fibreux obtenu en séparant la couche interne de la coque de la noix de coco de son enveloppe extérieure. À l’état brut, ce matériau est filamenteux et utilisé pour fabriquer des cordes, des tapis, ainsi que des pots et des paniers suspendus biodégradables. Lorsqu’il est réduit en une fine poudre, il possède des propriétés semblables, voire supérieures, à celles de la tourbe. Entre autres avantages, la fibre de coco aère le sol tout en retenant plus d’humidité que la tourbe et peut être plus facile à arroser en permettant à l’eau de pénétrer plus facilement. De plus, comme elle ne met pas en danger nos tourbières, la fibre de coco est une alternative appréciée et est devenue plus disponible ces dernières années. Avant d’en acheter, il convient toutefois de considérer que, bien qu’une grande partie du traitement soit manuelle, il existe une variation dans certaines étapes et ressources utilisées pour nettoyer la fibre de coco, allant de la vapeur à l’utilisation de produits chimiques. Dans la mesure du possible, lisez les étiquettes ou contactez les fournisseurs pour savoir en quoi consiste ce nettoyage et si cela vous convient. Un autre aspect à considérer est que, selon l’origine, elle a peut-être été acheminée depuis des régions très éloignées, ce qui nécessite plus de ressources et entraîne une pollution accrue.

Certains jardiniers évitent à la fois la tourbe et la fibre de coco en utilisant du compost ou du fumier bien mûri provenant de sources locales fiables. Ceci est parfait pour ajouter au sol lors du rempotage des plantes afin de modifier la structure du sol et d’ajouter des nutriments, surtout si vous conservez et réutilisez le sol de vos pots extérieurs d’année en année. Vous pouvez également ajouter de la perlite ou de la vermiculite, qui offrent une aération et un drainage supplémentaires, mais faites vos recherches pour voir si elles conviennent à vos besoins de plantation particuliers.

En ce qui concerne les graines, bien qu’il soit souhaitable d’avoir un sol stérilisé afin d’empêcher les plantules de succomber aux maladies, il semble, à y regarder de plus près, qu’une grande partie de ce qui est disponible, y compris la tourbe, n’est pas totalement stérile. Alors, si vous ne trouvez pas de mélange de terreau sans tourbe, il existe des méthodes de stérilisation du sol à la maison que l’on peut trouver sur Internet. Il y a des avantages et des inconvénients à toutes les méthodes (stérilisation au four, au micro-ondes ou à la vapeur) et il s’agit de vérifier pour déterminer quelle méthode vous convient le mieux, le cas échéant. Par contre, de nombreux jardiniers plantent parfois des graines dans un sol ordinaire et s’en sortent bien, donc, même si la stérilisation est vraiment utile, ce n’est pas toujours essentiel.

Pour plus de conseils sur la culture de plantes indigènes, consultez le site Jardinage pour la faune.ca
Pour en savoir plus sur les tourbières, consultez les vidéos et fiches d’information de Faune et flore du pays ou téléchargez une copie de l’affiche de la FCF « Passion pour les tourbières » : https://cwf-fcf.org/content/dam/cwfbepm/fr/ressources/telecharger/affiches-livrets/poster_peatlands_lr_fr.pdf