À mesure que les hivers canadiens s’intensifient, les blaireaux d’Amérique se prélassent dans leurs terriers saisonniers
Le blaireau d’Amérique (Taxidea taxus) est un mammifère présent dans les prairies du Canada, de la Colombie-Britannique à l’Ontario. Les chercheurs ont distingué trois populations de blaireaux au Canada :
- Sud-ouest de l’Ontario
- Kootenays/Prairie/Rivière à la pluie
- Cariboo/Thompson/Okanagan
Les blaireaux sont considérés comme une espèce préoccupante dans les prairies, en raison de leur sensibilité aux activités humaines ou aux aléas naturels, et comme une espèce en péril (menacée d’extinction ou de disparition) dans les autres régions. Si vous n’avez jamais vu de blaireau au Canada, vous n’êtes pas seul. Les blaireaux sont non seulement discrets par nature, nocturnes et tendent à éviter les humains, mais passent également une partie de leur temps à l’abri dans leurs terriers. Surtout en hiver.

Se cacher sans hiberner
À la différence de plusieurs autres mammifères nordiques qui restent terrés durant l’hiver canadien, les blaireaux n’hibernent pas. Pour affronter les hivers rigoureux des prairies canadiennes, ils se retirent dans leurs terriers. Entre novembre et mars, ils y demeurent à l’abri du froid. Des chercheurs de Thompson Rivers University, du gouvernement de la Colombie-Britannique et de Conservation de la nature Canada ont constaté que les terriers utilisés en hiver présentent une couverture végétale plus dense et un nombre d’entrées plus élevé que ceux d’été, ce qui laisse penser que les blaireaux passent une plus grande partie de la saison froide sous terre. Ils peuvent occuper jusqu’à quinze terriers durant l’hiver, mais ne résident réellement que dans un ou deux.

Pendant une partie du temps passé sous terre, les blaireaux sombrent dans une torpeur légère, une forme d’hibernation très brève durant laquelle leur rythme cardiaque diminue de moitié et leur température corporelle baisse de 9 °C. On ignore ce qui provoque leur réveil. Cela est sans doute lié à l’état de leurs réserves de graisse : lorsqu’ils ont faim, ils se réveillent et sortent pour s’alimenter. Ce comportement représente un compromis, car chercher de la nourriture dans un environnement exposé au froid demande beaucoup d’énergie. La nourriture des blaireaux – composée notamment de spermophiles (ou écureuils terrestres), de gaufres à poches, de souris et de campagnols – est très énergique, mais se fait rare durant la saison hivernale.

Les études révèlent que les blaireaux sortent de leurs terriers même par un froid intense et sous une neige épaisse. Poussés par la faim, ils sortent principalement la nuit, qui est souvent le moment le plus froid de la journée. C’est pourquoi la disparition de l’habitat des prairies canadiennes les affecte : lorsque leurs terrains de chasse sont fragmentés ou disparaissent, ils emmagasinent moins de réserves de graisse en prévision de l’hiver et ont moins d’occasions de les reconstituer pendant la saison froide. Un habitat de prairies en bonne santé est ainsi indispensable pour assurer la vitalité des populations de blaireaux.
Le creusement des terriers contribue à enrichir les écosystèmes des prairies
Partout au Canada, les méthodes que les blaireaux emploient pour aménager leurs terriers en vue de l’hiver profitent à de nombreuses plantes et à de nombreux animaux. En creusant des terriers et en y entreposant leurs réserves alimentaires (notamment de la végétation), les blaireaux contribuent à la santé des prairies en favorisant l’infiltration de l’eau et la circulation des nutriments. Leurs terriers servent aussi d’abri à d’autres espèces, comme les crotales de l’ouest, les chevêches des terriers ou encore les renards véloces. Les blaireaux, tout comme les castors dans d’autres écosystèmes, jouent un rôle d’ingénieurs essentiel au fonctionnement des prairies.
La conservation des prairies naturelles, notamment celles indispensables à la survie des blaireaux, est l’objectif du programme de conservation des prairies indigènes de la FCF. Nous travaillons aux côtés des producteurs et des propriétaires fonciers afin de promouvoir l’habitat naturel des prairies canadiennes et de préserver leur riche biodiversité, à laquelle contribue le blaireau d’Amérique.
Découvrez le travail entrepris par la FCF sur Les prairies indigènes du Canada ou apprenez-en plus sur CoalitionCanadienneDesPrairies.ca/fr