L’élevage et la conservation des prairies vont de pair.

Les éleveurs et éleveuses contribuent à la biodiversité et à la viabilité des prairies canadiennes. Afin de souligner le thème de l’Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux de 2026, pour le mois d’octobre, soit les femmes pastorales, nous avons posé sept questions à l’éleveuse canadienne Mindy Hockley-Anderson sur les leçons apprises, les expériences vécues et le rôle des femmes dans l’élevage au Canada.

Mindy Hockley-Anderson
Mindy Hockley-Anderson

Mme Hockley-Anderson a grandi dans un petit ranch du sud-est de la Saskatchewan, où elle s’est découvert une passion pour l’élevage et la préservation de la terre. Elle a embrassé une carrière de technicienne vétérinaire agréée et a travaillé pendant dix ans dans un cabinet vétérinaire mixte en milieu rural. En 2022, elle s’est jointe à la Saskatchewan Stock Growers Foundation en tant que spécialiste des communications, alliant ainsi deux de ses passions : l’élevage et les prairies indigènes.

Mme Hockley-Anderson vit avec son mari sur le ranch familial, transmis de génération en génération, situé près de Fir Mountain, en Saskatchewan, où elle donne un coup de main pendant son temps libre. Elle continue également de participer activement à ses activités, ce qui lui permet de rester en contact avec les réalités, les défis et les possibilités auxquels font face les éleveurs et éleveuses de la Saskatchewan.

Q1: Comment expliqueriez-vous l’élevage à des femmes qui n’en ont vu que dans les films?

L’élevage tel qu’il est présenté au cinéma ne montre qu’une infime partie de ce qui se passe réellement. C’est comme si on faisait un zoom sur une photo pour ne voir qu’un tout petit détail, en éliminant tout le reste. L’élevage, c’est mille petites tâches à accomplir et jamais assez de temps pour toutes les faire. Il faut installer des clôtures, distribuer le fourrage, déplacer le bétail tôt le matin vers les endroits où il doit se rendre, surveiller l’état de santé du troupeau, faire face aux pannes d’équipement, voir une petite tâche se transformer en une journée entière de travail et plus encore, tout cela en étant à la merci de Dame Nature.

L’élevage est souvent considéré comme un art géré à la manière d’une entreprise. Les décisions que nous prenons chaque jour nous obligent à trouver un équilibre entre de nombreux éléments en constante évolution. Nous veillons au bien-être du bétail, à la santé des pâturages, à l’approvisionnement en eau et à la préservation de l’habitat faunique, tout en essayant de gagner notre vie sur des marchés volatils. Chaque décision est liée à une autre, et il existe rarement une solution universelle. Ce qui fonctionne une année ne fonctionnera peut-être pas l’année suivante; nous devons donc nous adapter pour demeurer concurrentiels dans le secteur.

Derrière les coulisses, tout cela exige beaucoup de compétences, de connaissances et de capacité à résoudre des problèmes; comprendre l’élevage, c’est comprendre les défis liés au fait de devoir gagner sa vie tout en prenant soin de la terre et du bétail.

Q2: Quelle est la plus grande idée fausse concernant les femmes dans le secteur de l’élevage?

Je crois que les idées fausses les plus répandues au sujet des femmes dans le secteur de l’élevage sont qu’elles occupent rarement des postes décisionnels et que le travail qu’elles accomplissent n’est pas important. L’élevage a toujours été un secteur à prédominance masculine, mais il y a toujours eu des femmes pour surmonter les obstacles, en exploitant des fermes d’élevage et en jouant un rôle de premier plan dans la prise de décisions. Même si ce n’est pas elle qui, à cheval, conduit les vaches ou soigne un animal malade, elle travaille en coulisses à des tâches indispensables et tout aussi difficiles. Préparer les repas à emporter, s’assurer que les factures sont payées, partir en avance avec la camionnette pour ouvrir les barrières des enclos ou faire demi-tour pour aller voir comment va le veau nouveau-né resté à la ferme. Les éleveuses sont véritablement sur un pied d’égalité avec leurs partenaires : peu importe les tâches que chaque personne accomplit au quotidien, les femmes contribuent toutes à la viabilité générale du ranch.

Q3: Les femmes ont toujours joué un rôle de premier plan dans l’élevage, même si leur contribution a souvent été négligée. Quelle leçon ou quelle valeur transmise par les femmes qui vous ont précédée a influencé la façon dont vous gérez votre ranch aujourd’hui?

Je crois qu’une valeur que je n’ai jamais oubliée, c’est qu’il faut d’abord être utile avant de chercher à impressionner. Parfois, c’est en accomplissant bien les tâches les moins prestigieuses que l’on se démarque des personnes qui tentent de faire sensation. Le fait de vous présenter chaque jour avec l’envie d’apprendre et de travailler avec détermination vous mènera plus loin que les démonstrations spectaculaires de vos compétences. L’excellence se manifeste souvent en toute discrétion; certaines des éleveuses les plus brillantes que j’ai rencontrées sont aussi les plus discrètes. Elles se présentent, font leur travail et le font bien, sans avoir besoin de rétroaction ni d’éloges.

Q4: Dans le cadre de votre travail au sein de la communauté des éleveurs et éleveuses pour la conservation des prairies, quelles connaissances particulières avez-vous acquises concernant la préservation des prairies, de la faune et des écosystèmes que, selon vous, tout le monde devrait connaître?

Il ne s’agit pas d’un aspect unique de cet environnement, mais je crois qu’il est important que tout le monde sache que ces paysages de prairies présentent de nombreuses nuances et qu’il faut y apporter un grand soin pour les gérer correctement. La plupart des connaissances relatives à la gestion des prairies se transmettent de génération en génération. Il n’existe pas deux fermes d’élevage ni deux styles de gestion identiques. Il n’existe pas de méthode de gestion universelle; nous avons besoin de toutes ces différentes approches pour préserver la santé de ces prairies, et nous devons soutenir nos éleveurs et éleveuses qui passent chaque jour sur le terrain à en prendre soin.

Ces derniers gèrent l’environnement en tenant compte de multiples facteurs, y compris la santé animale, la santé des pâturages et l’habitat faunique qui cohabitent dans les prairies. Les éleveuses et éleveurs sont très fiers de la façon dont ils gèrent leurs terres et savent par expérience que s’ils ne les maintiennent pas en bon état, cela nuit non seulement à leurs résultats financiers, mais aussi au bien-être du bétail et des espèces sauvages qui en dépendent. Nous ne sommes que les gardiens de ces terres pendant une très courte période, et nous voulons toujours les laisser dans un meilleur état que celui où nous les avons trouvées.

Q5: Beaucoup d’éleveurs et d’éleveuses du Canada travaillent en collaboration avec les communautés autochtones, les organismes de conservation et d’autres gestionnaires des terres. En quoi les partenariats ou la transmission des connaissances ont-ils renforcé votre approche en matière d’intendance et de préservation du territoire?

Je crois qu’on a toujours quelque chose à apprendre des autres. Chaque personne aborde chaque situation par une approche légèrement différente, et le fait d’être ouvert à découvrir comment les autres gèrent leurs terres et en quoi cela correspond à leurs valeurs en matière d’intendance peut être un excellent moyen d’en apprendre davantage sur une approche à laquelle vous n’aviez peut-être pas pensé, de tisser des liens et de bâtir votre communauté. Même si l’approche d’une autre personne ne peut être pleinement mise en œuvre dans votre ranch, vous pourriez peut-être intégrer de petits changements inspirés de sa méthode pour améliorer votre gestion.

Q6: Qu’est-ce qui aiderait davantage de femmes à occuper des postes de direction dans les secteurs de l’élevage, de la gestion des pâturages et de la prise de décisions agricoles au Canada?

Je crois qu’il y a déjà eu un afflux important de femmes accédant à des postes de direction dans le secteur agricole, et qu’elles ont montré à la jeune génération qu’il y a de la place pour tout le monde aux tables des dirigeants. Les femmes qui travaillent dans le secteur agricole ne doivent pas avoir peur de tracer leur propre chemin et de poser des questions difficiles. L’élevage vous donne un sentiment d’appartenance, mais vous n’êtes pas non plus restreinte à une seule vocation : vous pouvez mener vos activités d’éleveuse tout en vous consacrant à d’autres centres d’intérêt, qu’il s’agisse de politique, de questions environnementales, de la santé des pâturages, en plus de défendre ce qui vous tient à cœur au sein de l’industrie. Dans le domaine de l’agriculture, il y a toujours matière à apprendre et à évoluer; toutefois, il ne faut pas avoir peur des commentaires ni hésiter à écouter de nouvelles idées. De nombreux programmes de mentorat très intéressants voient le jour, auxquels les femmes peuvent participer pour renforcer leur sentiment d’appartenance à une communauté et nouer davantage de liens susceptibles d’ouvrir des horizons qu’elles n’auraient jamais cru possibles.

Q7: Quel message aimeriez-vous transmettre à la prochaine génération de femmes qui s’intéressent à l’élevage, au pastoralisme ou à l’intendance des terres?

Aux femmes qui s’intéressent à l’élevage et à l’intendance des terres, je leur conseille de ne pas avoir peur de prendre des risques ni de poser des questions. Elles ne peuvent pas élargir leurs connaissances ni acquérir des compétences, tant sur le plan pratique que sur celui de la communication, si elles ne s’exposent pas à de nouvelles situations propices à leur épanouissement. Il faut bâtir une communauté composée de personnes partageant les mêmes valeurs, qui sont fiables et qui souhaitent les voir réussir. Que cette communauté compte deux ou dix personnes, l’élevage est un secteur déjà assez difficile en soi; il ne sert à rien de traverser ces moments difficiles par soi-même. Il est important de pouvoir compter sur une communauté.

Autrices :

Mindy Hockley-Anderson

Mindy Hockley-Anderson est spécialiste en communications à la Saskatchewan Stock Growers Foundation; elle participe à l’exploitation de la ferme familiale ainsi qu’à celle de la famille de son mari, une ferme transmise de génération en génération en Saskatchewan, où elle réside.

Katherine Peel

Katherine Peel est coordonnatrice des projets de conservation terrestre à la Fédération canadienne de la faune; elle travaille à la fois dans le cadre du programme de sensibilisation aux prairies et de celui consacré aux droits de passage en tant qu’habitat des pollinisateurs.