Fantômes, sorcières, loups-garous… et chauves-souris rousses – oh là là!
Vous vous demandez peut-être ce que ces incontournables de l’Halloween ont en commun? Eh bien, ce sont tous des maîtres du camouflage!
Bien que la chauve-souris rousse (Lasiurus borealis) ne puisse pas changer de forme comme ces autres créatures mythiques, elle constitue une véritable merveille de la nature. Sa coloration rouge orangé caractéristique la rend presque invisible parmi les feuilles mortes et les cônes, surtout lorsqu’elle est suspendue à une branche à la cime des arbres, la tête par en bas, et qu’elle se balance légèrement au gré de la brise.
La chauve-souris rousse est présente dans tout l’est du Canada. Elle a également été observée en Alberta et en Colombie-Britannique, bien que seuls des mâles et des femelles non reproductrices aient jusqu’à présent été recensés dans ces provinces de l’Ouest, probablement parce qu’elles se trouvent à la limite de l’aire de répartition connue de l’espèce.
La chauve-souris rousse vole rapidement et à haute altitude. Elle chasse notamment les papillons de nuit et d’autres insectes dans des milieux ouverts, au-dessus des cours d’eau et des champs. Bien qu’elle chasse parfois en petits groupes, cette chauve-souris plutôt solitaire passe généralement ses journées seule dans les arbres et les arbustes des forêts de feuillus.
Lorsque le temps commence à se refroidir, les chauves-souris migratrices du Canada – la chauve-souris rousse, la chauve-souris argentée et la chauve-souris cendrée – prennent la direction du sud pour l’hiver. La chauve-souris rousse se rend parfois dans le centre ou le sud des États-Unis, mais elle a également été observée jusqu’au Mexique. Pendant les périodes plus froides, ces chauves-souris peuvent s’enfouir dans la litière de feuilles pour rester au chaud ou s’envelopper dans leur membrane caudale recouverte de fourrure comme dans une couverture.

Le saviez-vous?
La chauve-souris cendrée et la chauve-souris rousse portent toutes deux le nom Lasiurus dans leur nom latin, qui signifie littéralement « queue velue ». Elles utilisent leur queue recouverte de fourrure pour se garder au chaud et se camoufler dans les branches des arbres. D’autres espèces de chauves-souris qui vivent dans des grottes n’ont pas la queue velue, puisqu’elles n’ont pas besoin de cette adaptation.
La chauve-souris rousse est une espèce unique au Canada, non seulement en raison de sa coloration remarquable, mais aussi parce qu’elle est plus susceptible d’avoir des jumeaux et peut donner naissance à jusqu’à quatre petits par année, ce qui constitue une très grande portée puisque la plupart des chauves-souris n’ont qu’un seul bébé. La chauve-souris rousse peut donner naissance à autant de petits, car elle possède généralement quatre glandes mammaires, comparativement à la plupart de ses consœurs qui n’en ont que deux. Pendant l’été, les mères s’installent avec leurs petits dans la voûte forestière – après tout, quel petit n’aime pas une cabane dans les arbres?
Malheureusement, la chauve-souris rousse, tout comme les autres espèces migratrices qui l’accompagnent, a récemment été évaluée comme étant en voie de disparition au Canada par le COSEPAC. Cette situation est attribuable à divers facteurs, notamment la perte d’habitats, l’utilisation de pesticides et le déclin des populations d’insectes, qui touchent également d’autres espèces de chauves-souris. Toutefois, les éoliennes constituent la principale menace pour ces espèces migratrices. Bien qu’il soit difficile d’évaluer les effets de ces installations sur les populations de chauves-souris, on estime que les éoliennes tuent de 600 000 à 900 000 chauves-souris par année en Amérique du Nord, soit à la suite de collisions directes, soit en raison de barotraumatismes causés par les chutes soudaines de pression autour des pales.
De nombreuses théories tentent d’expliquer pourquoi les chauves-souris sont attirées par les éoliennes : leur ressemblance avec des arbres, la concentration d’insectes autour de la base des tours, leur proximité avec des haltes migratoires et des sites d’hibernation, ou encore les tentatives des chauves-souris de voler entre les pales lorsque la vitesse du vent est faible. Toutefois, aucune explication définitive n’a encore été établie.
Heureusement, certaines stratégies prometteuses pourraient réduire la mortalité, notamment l’utilisation d’éoliennes moins hautes, leur implantation à des endroits stratégiques afin d’éviter les voies migratoires et les sites d’hibernation connus, ainsi que l’arrêt des pales lorsque la vitesse du vent est faible et pendant les périodes de forte activité des chauves-souris, comme les deux heures suivant le coucher du soleil. Les recherches se poursuivent afin de déterminer les solutions les plus efficaces, mais la mise en œuvre de certaines ou de l’ensemble de ces mesures pourrait réduire considérablement les risques pour les chauves-souris, tout en ayant des répercussions minimes sur la production d’énergie et les profits.
Même si vous ne vivez pas dans une région où il y a des éoliennes, vous pouvez poser de nombreux gestes pour lutter contre les autres menaces qui pèsent sur la chauve-souris rousse, notamment :
- aménager un jardin de plantes indigènes comprenant des espèces qui fleurissent la nuit (comme l’onagre bisannuelle) afin d’attirer les papillons de nuit dont se nourrissent les chauves-souris;
- conserver les arbres indigènes sur les propriétés privées;
- garder la surface des plans d’eau propre et dégagée pour permettre aux chauves-souris de s’y abreuver – elles prélèvent de l’eau à la surface en plein vol;
- éteindre les lumières extérieures la nuit pour rendre la chasse plus facile pour les chauves-souris;
- ncourager votre collectivité à prendre les mesures nécessaires pour obtenir la certification de collectivité sécuritaire pour les chauves-souris.
Ce n’est pas parce qu’elles savent si bien se rendre invisibles que ces fascinantes chauves-souris n’ont pas besoin de notre aide!
En octobre, visitez AidonsLesChauvesSouris.ca pour en apprendre davantage sur cette espèce unique et prenez l’engagement de la FCF envers les chauves-souris afin de vous joindre à un réseau de Canadiens et de Canadiennes de partout au pays qui s’engagent à poser des gestes qui aideront les chauves-souris dans leur vie quotidienne!
Author: Emily Becker, technicienne en recherche sur les chauves-souris, FCF
Emily contribue aux efforts de conservation ainsi qu’à l’initiative de certification des collectivités sécuritaires pour les chauves-souris qui rassemble des régions de partout au Canada autour de la conservation des chauves-souris et des habitats que nous partageons avec elles.