Suivre les déplacements constants de la faune sauvage n’est pas simple.
Les fluctuations naturelles des populations, les différences saisonnières et les changements dans le paysage influencent où l’on trouve les espèces. Et pourtant, un facteur important reste constant : le changement climatique. Heureusement, une autre constante est le nombre croissant de scientifiques communautaires dont les observations permettent de suivre ces changements en temps réel. Lorsque des personnes ordinaires remarquent que des espèces apparaissent là où elles n’ont jamais été vues auparavant, nous bénéficions d’un avantage essentiel dans le suivi de l’évolution des aires de répartition dans l’ensemble du pays.
Sur des plateformes comme iNaturalist Canada, les observations accumulées année après année révèlent quand les plantes s’enracinent au-delà de leur aire habituelle, quand les insectes apparaissent plus loin dans une vallée ou quand les oiseaux s’attardent plus longtemps en hiver. À mesure que le climat du Canada se réchauffe, ces petites observations permettent de constater un schéma habituel plus vaste : les espèces se déplacent vers le nord au fur et à mesure que les conditions deviennent plus favorables. Les scientifiques communautaires jouent un rôle central dans la documentation de ce changement.
Exploration de la zone biogéoclimatique du pin ponderosa

La vallée de l’Okanagan, en Colombie-Britannique, est un bon exemple. En 2021, Tyler D. Nelson et Chandra E. Moffat ont rédigé un rapport décrivant une expansion de 25 kilomètres vers le nord de l’aire de répartition de la campsomeris pilipes, une espèce en danger critique d’extinction au Canada. Ce déplacement vers Summerland dans la zone biogéoclimatique du pin ponderosa a été confirmé par les observations d’iNaturalist et les travaux sur le terrain menés par les auteurs en 2020.
Cette expansion a des répercussions sur la conservation et l’agriculture. L’espèce peut être vulnérable à l’utilisation de pesticides dans la vallée de l’Okanagan, mais elle agit également comme un prédateur naturel des parasites agricoles, ce qui rend sa présence potentiellement bénéfique pour les vergers et les vignobles. Le rapport est plus qu’une curiosité; il s’agit d’une preuve concrète, évaluée par des pairs, qu’une espèce autrefois confinée dans des zones plus chaudes est en train de se déplacer vers le nord.
iNaturalist amplifie ce type de résultats. Les photos et les enregistrements géolocalisés soumis par les amateurs, les agriculteurs, les naturalistes et les enfants créent des cartes denses et horodatées de la répartition des espèces. Les scientifiques peuvent utiliser ces données pour détecter de nouvelles apparitions, des changements saisonniers et des observations répétées qui, ensemble, signalent une expansion de l’aire de répartition.
L’hiver : la première ligne silencieuse du changement

Alors que beaucoup d’entre nous pensent au printemps et à l’été lorsqu’il s’agit du déplacement des aires de répartition de la faune, l’hiver est un axe de changement silencieux, mais puissant. Les hivers plus doux réduisent le nombre de jours de grand froid et multiplient les cycles de gel et de dégel, ce qui transforme des paysages qui représentaient autrefois des frontières infranchissables pour de nombreuses espèces. Par exemple, le cerf de Virginie remonte plus au nord dans les forêts boréales du Canada, un mouvement fortement lié à des conditions hivernales moins rigoureuses.
Cette expansion n’est pas sans conséquence. Dans certaines régions de l’Alberta, les chercheurs ont constaté que la densité des cerfs est liée à la rigueur de l’hiver et que leur incursion favorise l’augmentation des populations de prédateurs, au détriment des caribous des bois, qui sont mal équipés pour faire face à ces changements trophiques.
Entretemps, les communautés d’oiseaux se réorganisent. Les hivers plus chauds permettent aux espèces adaptées aux climats plus méridionaux de survivre dans les régions plus septentrionales, ce qui modifie les peuplements d’oiseaux hivernaux que nous observons pendant les mois froids.
Les scientifiques communautaires ont un rôle particulièrement important à jouer à cet égard. Les observations hivernales constituent des signes d’alerte précoce. Une simple photo iNaturalist d’une espèce inattendue en janvier ou d’un oiseau qui s’attarde hors saison peut déclencher une enquête plus approfondie. Au fil du temps, ces photos forment un aperçu de la façon dont les espèces réagissent non seulement aux étés plus chauds, mais aussi aux changements liés au dégel hivernal.
L’utilisation d’iNaturalist pendant l’hiver

L’hiver apporte son lot de défis pour la science communautaire. Moins de personnes sont à l’extérieur, la lumière du jour est rare et de nombreux animaux restent cachés, de sorte que les observations sur iNaturalist chutent naturellement pendant les mois les plus froids. Cela ne signifie pas que les observations hivernales ont moins de valeur, mais qu’elles sont plus difficiles à collecter. Il en résulte un ensemble de données plus disparates, où une seule observation à la mi-janvier peut avoir plus d’importance que des dizaines de photographies prises en été.
Malgré cela, la plateforme devient un aperçu important des changements saisonniers. Les rapports hivernaux occasionnels d’espèces s’attardant plus au nord que prévu permettent de compléter les programmes de surveillance de longue durée, comme le comptage des oiseaux de Noël. Chaque téléversement en hiver ajoute une pièce de casse-tête manquante, ce qui permet de savoir où les espèces parviennent à survivre au froid et comment ces schémas habituels évoluent dans le temps.
Même un aperçu de la vie au milieu de l’hiver peut révéler des changements importants. C’est pourquoi chaque photo prise pendant la saison calme a une plus grande importance : elle aide les chercheurs à dépasser les limites du travail sur le terrain en hiver et à suivre l’évolution du changement climatique au cours des mois les plus froids du Canada.
Participez au projet BioObservateurs de la FCF

L’élément humain est important. les utilisateurs d’iNaturalist qui aident à détecter les espèces sauvages dans leur jardin ne mènent pas de recherches dans un laboratoire; ce sont des voisins qui remarquent quelque chose de nouveau. Les photographies deviennent des observations, les observations deviennent des données et les données deviennent une note scientifique qui contribue à la conversation plus large sur la biodiversité dans un monde qui se réchauffe. iNaturalist relie les observations à l’expertise, réduisant ainsi la distance entre une observation et une action scientifiques.
L’idée est pratique et stimulante : votre téléphone et votre curiosité peuvent contribuer à la science grâce au projet BioObservateurs de la FCF. Le téléchargement d’une photo claire, accompagnée d’une date et d’un lieu, peut aider les chercheurs à déterminer où et quand les espèces se déplacent. Ces contributions communautaires peuvent donner lieu à des études de suivi, aider à établir les priorités en matière de conservation et même influencer la politique locale lorsque des espèces préoccupantes apparaissent dans de nouveaux endroits.
Des changements sont en cours. Lorsque nous sommes attentifs et que nous partageons ce que nous voyons, non seulement nous enregistrons ces changements, mais nous influençons également la manière dont le Canada les comprend et y répond.