Les mitrelles sont de charmantes plantes de sous-bois de la famille des saxifrages, dont le nom évoque la mitre portée par les évêques. Le Canada en compte deux espèces, la mitrelle nue (Mitella nuda) et la mitrelle à deux feuilles (Mitella diphylla). Ce genre comprenait autrefois d’autres espèces qui, à la suite de reclassifications, sont désormais rattachées à d’autres genres. [En botanique, le terme « genre » désigne la catégorie qui regroupe différentes espèces de plantes au sein d’un même groupe.]


Originaire de l’Ontario et du Québec, la mitrelle à deux feuilles est maintenant présente dans toutes les provinces et tous les territoires, bien que sa situation au Nunavut demeure incertaine. Ces deux espèces poussent dans des milieux forestiers riches en mousses, en troncs d’arbres en décomposition et en diverses fleurs sauvages. On les observe également le long des ruisseaux, la mitrelle nue privilégiant tout particulièrement les zones humides telles que les marécages et les tourbières.

La mitrelle nue forme de petits monticules de feuilles arrondies, en forme de cœur, dont les bordures sont légèrement ondulées. De minuscules fleurs délicates, d’un blanc cassé, apparaissent le long d’une tige grêle qui s’élève au-dessus du feuillage et peut atteindre 20 cm de hauteur.


La mitrelle à deux feuilles lui ressemble, mais ses feuilles sont plus dressées, présentent des bordures plus acérées et peuvent évoquer celles de l’érable. La mitrelle à deux feuilles porte aussi une paire de feuilles directement attachées à sa tige florale, ce qui explique son nom (« deux feuilles » ou, en grec, « diphylla »). Sa cousine est dite « nue » ou « nuda », car ses tiges florifères ne portent pas cet ensemble de feuilles. Tout aussi remarquable que sa cousine, la mitrelle à deux feuilles se distingue par la blancheur immaculée de ses fleurs, qui rappellent de délicats flocons de neige. Cette plante peut atteindre environ 50 cm de hauteur et est parfois confondue avec la tiarelle cordifoliée (Tiarella cordifolia), une autre plante forestière qui pousse dans des habitats comparables et présente un feuillage similaire. Les deux plantes portent des fleurs blanches au printemps, dressées au‑dessus du feuillage sur une tige élancée, mais chez la tiarelle cordifoliée, la densité des fleurs donne à l’inflorescence une allure de mousse filamenteuse lorsqu’on l’observe de loin. Si vous rencontrez l’une de ces plantes en dehors de sa floraison, observez plutôt les poils qui recouvrent les tiges des feuilles basales pour les distinguer. Selon un utilisateur d’iNaturalist.ca, les poils de la mitrelle à deux feuilles s’insèrent sur la tige à 45°, tandis que ceux de la tiarelle cordifoliée sont disposés à 90° et présentent des longueurs variées.


Au Canada, la mitrelle nue et la mitrelle à deux feuilles fleurissent un peu partout, d’avril à juin, selon la région. Ces plantes sont pollinisées par des espèces de mouches comme les moustiques, les mouches des champignons (dans les milieux forestiers humides) et les syrphes (appelées aussi Syrphidae). Les fleurs de mitrelle fournissent également du pollen et du nectar aux petites abeilles solitaires. La mitrelle a aussi joué un rôle important pour les humains : les peuples autochtones l’employaient pour soulager les irritations oculaires et les maux d’oreilles, réduire la fièvre et provoquer le vomissement.

Après la pollinisation, une capsule, renfermant de minuscules graines noires et lustrées, se forme et s’ouvre complètement chez la mitrelle nue. La mitrelle à deux feuilles porte bien son nom, car sa capsule de graines en forme de coupe évoque la mitre, coiffe traditionnelle des évêques.


Les jardiniers peuvent tirer parti de ces plantes en les cultivant dans des zones humides, à l’ombre ou à mi‑ombre. La mitrelle à deux feuilles se développe volontiers dans des milieux plutôt secs, notamment lorsque le sol est amendé de fumier mûri ou de compost. Une fine couche de feuilles mortes peut également contribuer à conserver l’humidité tout en enrichissant le sol. La mitrelle pousse volontiers aux côtés d’autres plantes de sous‑bois qui fleurissent à la même période, comme les géraniums et les tiarelles, ainsi que diverses fougères et mousses indigènes de la région.