Les grandes migrations en cours

Avez-vous aperçu votre premier merle d’Amérique sautillant sur la pelouse ou entendu le cri des bernaches du Canada dans le ciel? Ces oiseaux annoncent l’arrivée du printemps alors qu’ils reviennent à leurs aires de reproduction au Canada. Mais ils ne sont pas les seuls à migrer! Des mammifères aux poissons en passant par les reptiles, voici quelques-uns des migrateurs les plus extraordinaires du règne animal.

Anguille d’Amérique

American Eel (Anguilla rostrata) ©Sean Landsman

L’anguille d’Amérique est une véritable athlète de l’endurance : elle parcourt une distance impressionnante de 5 000 kilomètres à partir des cours d’eau de l’Ontario jusqu’à la mer des Sargasses près des Bermudes pour se reproduire. Une seule femelle peut pondre jusqu’à 22 millions d’œufs (bien que ce nombre varie généralement entre 500 000 et 4 millions). Ses descendants entreprennent ensuite le long voyage de retour vers les eaux canadiennes.
Vu l’ampleur de ce périple, on pourrait croire que le défi le plus difficile pour ces anguilles est le voyage lui-même et l’énergie qu’il exige. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Elles doivent faire face à de nombreuses menaces en chemin, notamment les barrages et les turbines, qui peuvent tuer les adultes durant leur retour vers la mer. Ces obstacles rendent leur parcours presque impossible à réaliser. En fait, les populations d’anguilles d’Amérique en Ontario ont chuté de plus de 99 %, ce qui en fait l’un des animaux migrateurs les plus menacés au pays.

Chauve-souris cendrée

Hoary Bat (Lasiurus cinereus) ©Merlin Tuttle

Après avoir passé l’hiver dans des régions plus chaudes, les chauves-souris cendrées regagnent les forêts du Canada, de la Colombie-Britannique jusqu’à la Nouvelle-Écosse. Non seulement elles parcourent de longues distances, mais elles volent aussi rapidement — jusqu’à 20 kilomètres à l’heure — et à des altitudes atteignant 2 400 mètres. Elles tirent leur énergie de festins nocturnes de papillons de nuit et de moustiques, mais leur migration est semée d’embûches. Les éoliennes représentent une menace majeure, et sans intervention, cette espèce pourrait disparaître d’ici seulement trois générations.

Saumon rouge

Sockeye Salmon (Oncorhynchus nerka) ©Sarah Sra

À la fin de l’été, le saumon rouge quitte l’océan pour entreprendre une migration éprouvante vers des rivières et des fleuves comme le fleuve Fraser en Colombie-Britannique. Ce dernier voyage est leur ultime mission : après la fraie, ils meurent, laissant derrière eux une nouvelle génération.
Malheureusement, le nombre de saumons qui réussissent cette migration a chuté de façon dramatique. Autrefois, le fleuve Fraser accueillait 50 millions de saumons rouges par année. Aujourd’hui, si c’est une bonne année, ils sont à peine 5,5 millions — et durant les mauvaises années, ce chiffre peut descendre aussi bas que 288 000. Les changements climatiques et la fragmentation des habitats semblent bien en train de réécrire leur histoire migratoire — et pas pour le mieux.

Caribou

Avec l’arrivée du printemps, plusieurs hardes de caribous prennent la direction du nord à la recherche de nourriture et de sécurité. Mais c’est loin d’être chose sûre. Les loups ont toujours été des prédateurs tenaces, suivant les caribous partout où ils vont. Aujourd’hui, les changements climatiques entraînent une diminution des chutes de neige, ce qui facilite la chasse pour les loups. Et à cause de l’exploitation humaine, les routes et les lignes sismiques agissent comme de véritables autoroutes pour ces prédateurs, rendant les caribous encore plus vulnérables.

Béluga

Beluga (Delphinapterus leucas) ©Shafik Diwan

L’été venu, des milliers de bélugas quittent l’Arctique pour rejoindre les eaux plus chaudes et peu profondes de la baie d’Hudson et de la rivière Churchill. C’est là qu’ils muent, se nourrissent abondamment et mettent bas. Les rivières offrent un refuge précieux, protégeant les petits des attaques d’épaulards.
Mais à leur retour vers l’Arctique, les bélugas croisent de plus en plus souvent la route des épaulards qui s’aventurent plus au nord que jamais au fur à mesure que la glace de mer disparaît en raison des changements climatiques. L’Arctique, qui était autrefois une forteresse pour les bélugas, n’est plus aussi sûr.

Tortue luth

Leatherback Sea Turtle (Dermochelys coriacea)

La tortue luth est le reptile migrateur qui parcourt les plus grandes distances sur la planète. En route vers ses sites de nidification et d’alimentation, elle peut traverser des bassins océaniques entiers. Dans l’Atlantique, les tortues luths font un long périple des plages de nidification du sud — comme celles de Trinité-et-Tobago et de la Grenade — jusqu’aux zones d’alimentation situées au large de la côte est du Canada. Grâce à leurs grandes nageoires en forme de pagaie, elles peuvent parcourir jusqu’à 95 kilomètres en une seule journée et atteindre une vitesse de 9,3 kilomètres à l’heure. Mais leur incroyable migration est semée d’embûches : engins de pêche, pollution plastique, perte d’habitats et bien plus encore.