L’arrivée du printemps dans l’hémisphère Nord nous fait rêver à la belle saison – qui est aussi la saison des feux de forêt.
Les feux de forêt peuvent causer d’importants dommages aux communautés et aux écosystèmes. Pourtant, le feu n’est pas toujours néfaste. Lorsqu’il est utilisé de façon intentionnelle et encadrée, il peut au contraire devenir un outil précieux pour maintenir des paysages en santé. C’est ce qu’on appelle parfois le « bon feu », ou plus officiellement, le feu dirigé.
En écologie, le feu est considéré comme une perturbation, c’est-à-dire qu’il modifie l’environnement en éliminant de la végétation et en changeant les conditions du sol ou des habitats. Les perturbations ne sont pas nécessairement négatives — de nombreux écosystèmes au Canada ont évolué avec le feu comme processus naturel et essentiel. On s’attend à ce que le feu survienne, à un moment ou à un autre, dans la plupart des écosystèmes terrestres du Canada — à l’exception des milieux aquatiques. La fréquence des feux dépend de plusieurs facteurs :
- la quantité de matières combustibles présentes
- les conditions météorologiques (y compris la température et l’humidité)
- les sources d’inflammation, comme la foudre ou les activités humaines
Réintroduire le feu lorsque c’est nécessaire

Lorsque les feux naturels ne surviennent plus à des intervalles appropriés, le feu dirigé peut être utilisé pour réintroduire ce processus de façon sécuritaire. Les feux dirigés sont soigneusement planifiés et réalisés dans des conditions précises permettant au feu de brûler de façon contrôlée et bénéfique. Les facteurs suivants doivent être réunis : les conditions météorologiques doivent être favorables, la topographie doit être appropriée et le personnel qui dirige le feu doit être qualifié et posséder l’équipement nécessaire.
Prenons l’exemple d’une prairie où le pâturage est limité et où les herbes sèches s’accumulent au fil du temps. En l’absence de perturbation, cette matière combustible s’accumule, augmentant les risques d’incendie et réduisant la qualité de l’habitat. Un feu dirigé peut éliminer de façon sécuritaire cet excès de combustible, rétablir l’équilibre de l’écosystème et réduire le risque de feux plus intenses et incontrôlables à l’avenir. Le feu dirigé du parc national des Lacs-Waterton en est un bon exemple.
Les résultats d’un feu dirigé sont souvent décrits en termes de régénération ou de restauration. Les matières végétales mortes sont éliminées, ce qui permet aux plantes restantes de mieux accéder à la lumière du soleil, aux nutriments et à l’espace. Les graines enfouies dans le sol — parfois depuis de nombreuses années — peuvent alors être stimulées à germer. Lorsque la végétation recommence à pousser, la faune est naturellement attirée par cette nouvelle croissance nutritive.
Le feu dirigé contribue également à réduire les espèces envahissantes et à limiter la propagation de végétaux ligneux indésirables, comme les arbustes et les arbres qui ne sont pas adaptés aux écosystèmes de prairie. Les espèces en péril qui dépendent des milieux ouverts peuvent ainsi bénéficier de davantage d’espace pour croître et d’un avantage concurrentiel dans ces conditions renouvelées.
Autres avantages du feu dirigé
Réduction des risques
Le feu dirigé est également utilisé pour réduire les risques de feux de forêt, particulièrement dans les endroits situés près des habitations ou des infrastructures. En réduisant de façon contrôlée la quantité de matières combustibles, le feu dirigé peut limiter l’intensité et la propagation de futurs incendies. Dans les régions forestières où la végétation au sol est dense, le feu peut passer du sol à la cime des arbres, créant des incendies dangereux et de forte intensité qui représentent des risques importants pour les pompiers et le public.
Restauration et gestion des terres
Le feu dirigé est un outil efficace pour la préparation des sites et le maintien des habitats. Il peut éliminer la végétation indésirable afin d’améliorer le contact entre les graines et le sol avant l’ensemencement. Dans les prairies dominées par de grandes graminées agressives, un brûlage au printemps ou à l’automne peut freiner la croissance des espèces dominantes et permettre à des espèces plus petites et moins compétitives de bien se rétablir. Le feu dirigé est également utilisé par les producteurs de semences pour stimuler la production de certaines espèces, comme le barbon de Gérard, qui réagit favorablement au brûlage.
Feu culturel
Pour de nombreuses Nations autochtones, le feu est utilisé depuis longtemps comme pratique culturelle et outil d’intendance du territoire, soutenant les systèmes alimentaires, la biodiversité et le bien-être des communautés. Ces pratiques ont été perturbées et interdites par les politiques coloniales, entraînant des répercussions profondes sur les communautés autochtones ainsi que sur les territoires eux-mêmes. Aujourd’hui, le retour des pratiques de feu culturel et de feu dirigé — lorsqu’elles sont menées par des détenteurs et détentrices de savoirs autochtones ou réalisées dans le cadre de partenariats respectueux — peut contribuer à la fois à la restauration écologique et à la revitalisation des pratiques culturelles.
Pour en savoir plus sur le feu dirigé, visitez le site Web rxfeu.ca/brulage-dirige/
Formation sur le feu dirigé
L’utilisation sécuritaire et efficace du feu dirigé repose sur la présence d’équipes adéquatement formées et équipées sur le terrain. Chaque personne présente joue un rôle précis et travaille au sein d’une chaîne de commandement clairement établie, avec une communication constante tout au long du brûlage.
L’une des façons d’acquérir cette formation est de participer à des échanges de formation sur le feu dirigé (Prescribed Fire Training Exchanges ou TREX). Ces formations permettent à des spécialistes du feu provenant de divers horizons d’acquérir une expérience pratique sous la supervision de gestionnaires expérimentés. C’est une excellente façon de faire de « bons feux » dans différentes régions afin d’atteindre des objectifs de gestion du territoire.
Ma collègue, Vicky Papuga, a participé à une formation TREX au cours de laquelle elle a acquis une expérience concrète en appuyant des opérations de feu dirigé aux côtés de spécialistes du feu provenant de toute la région.
Restez à l’affût d’un prochain blogue portant sur son expérience dans le cadre d’un TREX.
Tous les feux ne sont pas mauvais — certains peuvent être de « bons feux » pour les écosystèmes, la faune et les populations.