{"id":8791,"date":"2020-11-13T15:01:05","date_gmt":"2020-11-13T15:01:05","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/?p=8791"},"modified":"2021-01-19T19:55:46","modified_gmt":"2021-01-19T19:55:46","slug":"la-peur-elle-meme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/index.php\/fr\/la-peur-elle-meme\/","title":{"rendered":"La peur elle-m\u00eame"},"content":{"rendered":"<h2>La peur est un puissant moteur de la biologie. Et ce n\u2019est pas n\u00e9cessairement une mauvaise chose<\/h2>\n<p>En 2010, un biologiste du nom de John Laundr\u00e9 a \u00e9t\u00e9 l\u2019auteur principal d\u2019un article universitaire qui utilisait le terme \u00ab paysage de la peur \u00bb pour d\u00e9crire la fa\u00e7on dont un animal (et par extension un collectif d\u2019animaux) \u00e9value et appr\u00e9hende son environnement imm\u00e9diat. Dans ce contexte, la peur est une anticipation ou une prise de conscience du danger, ce qui signifie que la notion d\u00e9crit essentiellement une analyse risque-r\u00e9compense inn\u00e9e complexe qui met dans la balance la recherche de nourriture et la s\u00e9curit\u00e9 contre la pr\u00e9dation. L\u2019id\u00e9e a depuis \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e par beaucoup et, dix ans plus tard, elle semble \u00eatre une construction adapt\u00e9e \u00e0 nos r\u00e9alit\u00e9s virales, \u00e9cologiques et politiques actuelles.<\/p>\n<p>Le paysage de la peur, disent Laundr\u00e9 et d\u2019autres, d\u00e9crit le calcul que tous les animaux doivent faire et ce faisant, d\u00e9finit comment les animaux \u00ab voient \u00bb leur monde. L\u2019\u00e9cureuil gris de votre parc local doit constamment \u00e9valuer les conditions changeantes. En fonction de l\u2019endroit pr\u00e9cis o\u00f9 il se trouve, il cr\u00e9e une carte multidimensionnelle des innombrables menaces qui p\u00e8sent sur sa survie. L\u2019\u00e9cureuil surveille ses propres besoins et d\u00e9ficits caloriques et localise les zones s\u00fbres et les zones st\u00e9riles et d\u2019abondance en identifiant les dangers sur une courte et longue p\u00e9riode : les secondes qu\u2019il faut \u00e0 l\u2019autour des palombes affam\u00e9 pour survoler, la dur\u00e9e d\u2019un violent orage, le cycle dangereux des lunes gibbeuses, l\u2019approche de la m\u00e9t\u00e9o difficile d\u2019une saison. Il projette ensuite sa recherche de nourriture, en \u00e9quilibrant le besoin du moment et le risque \u2014 comment manger sans \u00eatre mang\u00e9.<\/p>\n<p>Avec l\u2019arriv\u00e9e de la COVID-19, ces paysages ont pris de nouveaux contours : la faune urbaine s\u2019est d\u00e9plac\u00e9e ouvertement dans les rues des villes, car elle a per\u00e7u une r\u00e9duction majeure de la menace de l\u2019homme, en \u00e9quilibre avec la n\u00e9cessit\u00e9 de chercher agressivement pour remplacer les sources urbaines habituelles de subsistance, comme les ordures, qui se sont taries.<\/p>\n<p>Les humains aussi ont redessin\u00e9 leurs cartes. En quelques semaines seulement, les aspects les plus banals et les plus ordinaires de notre existence sont devenus des dangers mortels. Des actes autrefois routiniers \u2014 faire les courses, prendre les transports en commun ou simplement se rendre au travail \u2014 ont pris l\u2019allure d\u2019une exp\u00e9dition en territoire dangereux o\u00f9 un pr\u00e9dateur de l\u2019ombre pourrait \u00eatre \u00e0 l\u2019aff\u00fbt. Les risques \u00e9taient si \u00e9lev\u00e9s que nous avons \u00e9vit\u00e9 les restaurants et les bars, nous avons \u00e9vit\u00e9 de fr\u00e9quenter nos amis et notre famille, nous avons abandonn\u00e9 notre vie normale. Tous ceux qui pouvaient rentrer chez eux \u2014 et y rester \u2014 l\u2019ont fait. L\u2019arr\u00eat mondial des activit\u00e9s humaines qui s\u2019en est suivi, surnomm\u00e9 \u00ab anthropause \u00bb dans un article r\u00e9cent d\u2019un groupe international de chercheurs sur la COVID-19, a refl\u00e9t\u00e9 les changements radicaux de nos comportements collectifs.<\/p>\n<p>\u00c0 partir du printemps, en tant que service public, Alphabet inc. (la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e8re de Google) a commenc\u00e9 \u00e0 publier des \u00ab rapports sur la mobilit\u00e9 des communaut\u00e9s \u00bb, des donn\u00e9es de localisation des utilisateurs normalement regroup\u00e9es dans Google Maps pour obtenir des informations de derni\u00e8re minute sur la circulation et la popularit\u00e9 des destinations. Ces donn\u00e9es anonymes et agr\u00e9g\u00e9es permettent de voir comment les comportements des communaut\u00e9s ont chang\u00e9 avec l\u2019arriv\u00e9e de la COVID-19 et \u00e0 quelle vitesse cela s\u2019est produit.<\/p>\n<blockquote><p>Un tr\u00e8s grand pourcentage d\u2019entre nous s\u2019est tourn\u00e9 vers la nature, vers le plein air.<\/p><\/blockquote>\n<p>Qu\u2019ont fait les citadins canadiens face \u00e0 cette catastrophe? Eh bien, un tr\u00e8s grand pourcentage d\u2019entre nous s\u2019est tourn\u00e9 vers la nature, vers le plein air. Les donn\u00e9es de Google sont sans \u00e9quivoque : en avril, les activit\u00e9s dites r\u00e9cr\u00e9atives (magasinage, restaurants, cin\u00e9ma \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire la consommation) avaient diminu\u00e9 \u00e0 moins de 10 % de leur niveau dans une ann\u00e9e normale; et \u00e0 partir de mai, avec l\u2019arriv\u00e9e du beau temps, le nombre de personnes passant du temps dans les parcs et espaces verts locaux a augment\u00e9 d\u2019environ 300 % dans les zones urbaines et suburbaines du pays. Les parcs provinciaux et nationaux ont connu des augmentations similaires \u00e0 l\u2019approche de l\u2019\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-standard wp-image-8787\" src=\"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/squirrel-running-snow-1190235392-1100x640.jpg\" alt=\"\" width=\"1100\" height=\"640\" \/><\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience nous a donn\u00e9 un aper\u00e7u de notre capacit\u00e9 \u00e0 apporter des r\u00e9ponses urgentes et pratiques au remodelage soudain de notre paysage de la peur. En tant qu\u2019individus et en tant que soci\u00e9t\u00e9, nous avons r\u00e9\u00e9quilibr\u00e9 les besoins et les devoirs de la vie quotidienne (y compris les contacts humains) contre la perspective de tomber malade, d\u2019\u00eatre contraints de s\u2019isoler de nos proches et de voir le syst\u00e8me de sant\u00e9 d\u00e9bord\u00e9, l\u2019\u00e9conomie s\u2019effondrer et les moyens de subsistance dispara\u00eetre. Cela devrait nous donner des raisons d\u2019\u00eatre optimistes pour l\u2019avenir. N\u00e9anmoins, parmi les nombreuses questions qui restent \u00e0 r\u00e9soudre alors que nous entrons dans la deuxi\u00e8me ann\u00e9e de vie avec la COVID-19, nous devons nous assurer d\u2019examiner comment nos angoisses collectives ont chang\u00e9, comment nos propres paysages de peur ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9s avec elles, et ce que nous avons appris en cons\u00e9quence.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"http:\/\/cwf-fcf.org\/assets\/images\/magazine-current-issue\/bio-biosphere-current-issue-magazine-cover.png\" alt=\"\" width=\"107\" height=\"135\" \/><\/p>\n<p><em>Tir\u00e9 du magazine <\/em>Biosph\u00e8re<em>. Pour d\u00e9couvrir le magazine, <a href=\"http:\/\/cwf-fcf.org\/fr\/nouvelles\/magazine\/\">cliquez ici<\/a>. 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