{"id":10493,"date":"2021-11-11T10:09:08","date_gmt":"2021-11-11T10:09:08","guid":{"rendered":"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/?p=10493"},"modified":"2021-11-11T16:15:54","modified_gmt":"2021-11-11T16:15:54","slug":"comme-des-lichens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/index.php\/fr\/comme-des-lichens\/","title":{"rendered":"Comme des lichens"},"content":{"rendered":"<h2>Et si nous pouvions tirer une le\u00e7on de survie de l&#8217;un des organismes les plus \u00e9tranges de la Terre? Le lichen pr\u00e9sent dans nos villes constitue une m\u00e9taphore puissante de notre \u00e9poque biologiquement perturb\u00e9e. Quelqu\u2019un souhaite-t-il une symbiose?<\/h2>\n<p>La cladonie mince se dresse droit dans les airs, les tiges vertes se terminant par un cramoisi luxuriant. Le lichen des caribous gris-vert fr\u00e9quente le sable, tandis que les Dimelaena oreina se r\u00e9fugient sur les pierres tombales.<\/p>\n<p>Ce sont des esp\u00e8ces de lichen urbain. Et si l\u2019id\u00e9e de lichen urbain peut sonner comme un oxymore, il n\u2019en est rien. En fait, les lichens font un retour en force dans les villes du monde entier apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 absents pendant pr\u00e8s de 100 ans.<\/p>\n<p>Prenons l\u2019exemple des lichens de Paris. Au milieu du 19e si\u00e8cle, le botaniste finlandais William Nylander a commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9pertorier les esp\u00e8ces de lichens dans le Jardin du Luxembourg, le somptueux parc du centre de Paris. En 1866, il a publi\u00e9 un article qui en d\u00e9crivait 32. En 1896, lorsqu\u2019il a refait le recensement des lichens, tous avaient disparu. Le jardin \u00e9tait devenu un d\u00e9sert de lichens.<\/p>\n<p>Nylander s\u2019est demand\u00e9 s\u2019il ne s\u2019agissait pas de la pollution atmosph\u00e9rique qui recouvrait Paris, r\u00e9sultat de la combustion du charbon. Il s\u2019agissait d\u2019un des premiers questionnements scientifiques sur l\u2019importance de la qualit\u00e9 de l\u2019air pour les \u00eatres vivants.<\/p>\n<p>Des g\u00e9n\u00e9rations de botanistes ont continu\u00e9 \u00e0 chercher des lichens \u00e0 Paris, mais il a fallu attendre pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle pour en trouver. En 1986, le c\u00e9l\u00e8bre lich\u00e9nologue britannique Mark Seaward a trouv\u00e9 une seule esp\u00e8ce accroch\u00e9e \u00e0 la base de certains arbres du Jardin du Luxembourg. En 1990, lui et un coll\u00e8gue ont eu la joie d\u2019en compter 11 au total.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui a d\u00e9clench\u00e9 cette r\u00e9surgence ? Avec les lois r\u00e9duisant la pollution de l\u2019air, l\u2019atmosph\u00e8re des villes est devenue plus propre et plus fraiche. Au lieu de tuer les lichens, l\u2019air les nourrissait d\u00e9sormais.<\/p>\n<figure id=\"attachment_10494\" aria-describedby=\"caption-attachment-10494\" style=\"width: 640px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-10494\" src=\"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/troy-mcmullin-Richardsons-Masonhalea-Lichen-1-640x479.jpg\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"479\" srcset=\"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/troy-mcmullin-Richardsons-Masonhalea-Lichen-1-640x479.jpg 640w, https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/troy-mcmullin-Richardsons-Masonhalea-Lichen-1-1100x824.jpg 1100w, https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/troy-mcmullin-Richardsons-Masonhalea-Lichen-1-768x575.jpg 768w, https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/troy-mcmullin-Richardsons-Masonhalea-Lichen-1-530x397.jpg 530w, https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/troy-mcmullin-Richardsons-Masonhalea-Lichen-1.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-10494\" class=\"wp-caption-text\">Richardson\u2019s Masonhalea Lichen \u00a9 Troy McMullin | iNaturalist.ca<\/figcaption><\/figure>\n<p>C\u2019\u00e9tait la m\u00eame chose \u00e0 New York, selon un guide de terrain sur les lichens urbains pour le nord-est de l\u2019Am\u00e9rique du Nord, r\u00e9dig\u00e9 par Jessica Allan et James Lendemer et publi\u00e9 cet automne par Yale University Press. En 1824, les passionn\u00e9s du lichen comptaient 191 esp\u00e8ces dans un rayon de 50 miles autour de l\u2019h\u00f4tel de ville de Manhattan. Au milieu du si\u00e8cle suivant, presque toutes avaient disparu.<\/p>\n<p>C\u2019est alors qu\u2019intervient la Loi sur la Qualit\u00e9 de l\u2019air de 1970, qui r\u00e9git la pollution atmosph\u00e9rique aux \u00c9tats-Unis. Elle a \u00e9t\u00e9 si efficace qu\u2019aujourd\u2019hui, une centaine d\u2019esp\u00e8ces de lichens sont de retour dans la ville de New York, s\u2019accrochant aux arbres, aux trottoirs et aux pierres tombales.<\/p>\n<p>Le Canada a lui aussi connu des d\u00e9serts de lichens. Dans les ann\u00e9es 1960, une terrible pollution atmosph\u00e9rique avait chass\u00e9 les lichens des rues de Montr\u00e9al et de Sudbury, deux des villes canadiennes dont les lich\u00e9nologues ont gard\u00e9 la trace. Aujourd\u2019hui, gr\u00e2ce \u00e0 des contr\u00f4les sur des toxines industrielles comme le dioxyde de soufre, le Canada poss\u00e8de l\u2019une des plus grandes richesses en lichens de tous les pays du monde, avec plus de 2 500 esp\u00e8ces. Selon le guide de terrain, la ville de Toronto compte \u00e0 elle seule 138 esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>La r\u00e9surrection des lichens urbains raconte une histoire puissante sur les effets de la pollution, bien s\u00fbr, et sur la n\u00e9cessit\u00e9 de lois pour contr\u00f4ler les substances toxiques. Mais il me semble qu\u2019il y a d\u2019autres le\u00e7ons \u00e0 tirer de la chair fragile de ces \u00e9tranges cr\u00e9atures.<\/p>\n<p>Les lichens sont compos\u00e9s d\u2019au moins deux autres organismes, g\u00e9n\u00e9ralement un champignon et une algue ou une cyanobact\u00e9rie. Parfois, un lichen est une combinaison de ces trois organismes. Ils d\u00e9pendent les uns des autres, ce pour quoi on les appelle symbiotes.<\/p>\n<p>Lorsque les cr\u00e9atures fusionnent, elles passent par un processus appel\u00e9 \u00ab lich\u00e9nisation \u00bb pour cr\u00e9er la nouvelle forme de vie. Pensez aux robots- jouets \u00ab transformeurs \u00bb, qui peuvent passer d\u2019une forme \u00e0 une autre. Les champignons fournissent la nouvelle architecture protectrice du lichen. Les algues ou les cyanobact\u00e9ries forment une couche \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et fournissent la nourriture par photosynth\u00e8se de la lumi\u00e8re solaire. Curieusement, lorsque les botanistes s\u00e9parent le lichen de ses composants en laboratoire, ces derniers se d\u00e9veloppent comme le champignon, l\u2019algue ou la cyanobact\u00e9rie d\u2019origine, reprenant la forme non lich\u00e9nis\u00e9e. Plus \u00e9trangement encore, c\u2019est le champignon qui d\u00e9tient la m\u00e9moire de la m\u00e9tamorphose. Lorsqu\u2019il entre \u00e0 nouveau en contact avec son esp\u00e8ce symbiote, la tendance du champignon \u00e0 devenir un lichen se r\u00e9active comme un interrupteur, et la transformation recommence. Les algues ou les cyanobact\u00e9ries suivent le mouvement.<\/p>\n<p>Une fois form\u00e9, le lichen abrite tout un univers de vie : bact\u00e9ries, autres champignons, vers microscopiques et minuscules tardigrades en forme de bonhomme Michelin. Et les lichens nourrissent de nombreuses autres cr\u00e9atures, y compris les oiseaux qui font de certains d\u2019entre eux des nids comestibles.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit d\u2019une m\u00e9taphore puissante de notre \u00e9poque biologiquement perturb\u00e9e, o\u00f9 un million d\u2019esp\u00e8ces sont actuellement menac\u00e9es d\u2019extinction \u00e0 cause des actions humaines. Nous endommageons le syst\u00e8me de survie m\u00eame de la plan\u00e8te.<\/p>\n<p>Et si la voie \u00e0 suivre \u00e9tait de penser comme un lichen? Nous d\u00e9pendons des autres esp\u00e8ces. Elles d\u00e9pendent de nous. Cela signifie que les humains sont des symbiotes des autres formes de vie de la plan\u00e8te. Ensemble, nous pouvons cr\u00e9er de nouvelles r\u00e9alit\u00e9s, de nouvelles communaut\u00e9s de vie. Nous pouvons faire basculer l\u2019interrupteur.<\/p>\n<p>Comme le lichen, nous pouvons litt\u00e9ralement changer la forme de l\u2019avenir.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"http:\/\/cwf-fcf.org\/assets\/images\/magazine-current-issue\/bio-biosphere-current-issue-magazine-cover.png\" alt=\"\" width=\"107\" height=\"135\" \/><\/p>\n<p><em>Tir\u00e9 du magazine <\/em>Biosph\u00e8re<em>. Pour d\u00e9couvrir le magazine, <a href=\"http:\/\/cwf-fcf.org\/fr\/nouvelles\/magazine\/\">cliquez ici<\/a>. Pour vous abonner \u00e0 la version imprim\u00e9e ou num\u00e9rique ou bien acheter le dernier num\u00e9ro, <a href=\"http:\/\/www.magzter.com\/CA\/Canadian-Wildlife-Federation\/Biosph%C3%A8re\/News\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">cliquez ici<\/a>.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<div class=\"post-excerpt\">Et si nous pouvions tirer une le\u00e7on de survie de l&#8217;un des organismes les plus \u00e9tranges de la Terre? Le lichen pr\u00e9sent dans nos villes constitue une m\u00e9taphore puissante de&hellip;<\/div>\n","protected":false},"author":83,"featured_media":10490,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_exactmetrics_skip_tracking":false,"_exactmetrics_sitenote_active":false,"_exactmetrics_sitenote_note":"","_exactmetrics_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[804],"tags":[9096,9098],"class_list":["post-10493","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-champs-forets","tag-canadian-wildlife-magazine-fr","tag-lichens-fr"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10493","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/83"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=10493"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10493\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10513,"href":"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/10493\/revisions\/10513"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/10490"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=10493"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=10493"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/blog.cwf-fcf.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=10493"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}